Depuis huit jours que je suis à Naples, il pleut… J’aurais mieux fait de rester à Paris, mais mes expériences de Lisbonne, Séville, Palerme et même Vienne aux mêmes époques m’avaient plutôt convaincu de quitter notre capitale. Les repères météo changent, il va falloir m’y habituer. Quoi qu’il en soit, il pleut, il fait même frais au point que, n’ayant prévu que des tenues printanières, j’ai dû m’acheter un pull. Dans mes autres villes, je passais la plupart du temps à marcher au hasard des rues, pour le simple plaisir de la marche et de la découverte d’ambiances neuves mais un simple accessoire, le parapluie, gâche tout d’autant que les pavages des rues et les très nombreux véhicules, scooters surtout et voitures ne se souciant guère des passants, les chaussures sont vite mouillées et je n’ai jamais sorti mes espadrilles. Restent les très nombreux lieux à visiter même si les heures d’ouverture sont aléatoires. Je profite donc de la moindre occasion : si une église est ouverte, j’y entre ; si le portail d’un palazzo est entrouvert, je me faufile et il est rare qu’on m’interdise d’entrer et j’ai parfois de belles surprises dans des lieux inattendus.

Architecture souvent banale des églises qui sont de vastes bâtiments paradoxalement sans vraiment d’âme (sauf, pour moi, la Dona Regina Vecchia qui fut une vraie surprise) mais souvent abondantes en peintures, riches et vastes peintures des plafonds, parfois peinture des murs mais le plus souvent abondance de tableaux. Quelques palazzo eux-même sont transformés en galeries de peinture. Partout des peintures, des milliers de peintures, la plus grande partie de l’époque baroque, quasi-identiques dans leur style et leurs thèmes car très peu ont quelque chose de particulier qui permet de retenir l’œil. Et je me demande à quoi sert cette débauche d’images, ces kilomètres carrés de peintures, toutes les mêmes et toutes légèrement différentes, des variations infimes sur un ensemble fermé de thèmes : des nativités, de mater dolorosa, des crucifixions, des vierges à l’enfant, des martyres variés et, hors des églises, des portraits, des portraits, des portraits. Ces Bonito, ces de Benedetis, ces Capulongo que l’on retrouve pourtant de ci de là dans d’autres villes romaines, dans d’autres églises, dans d’autres musées au travers du monde et qu’on voit sans les voir car l’œil est saturé d’autant que certaines, celles des plafonds notamment, à 10 ou 15 mètres au-dessus des têtes des visiteurs et qu’on n’aperçoit un peu qu’avec des jumelles ou au zoom et en les agrandissant ne sont pas vraiment regardables… et qu’il est évident qu’elles ne sont là que pour remplir le vide, pour éviter la nudité des lieux plus que pour réellement donner à voir comme si les religieux et les conservateurs de musée avaient peur de devoir révéler qu’il n’y a, en effet, rien à voir et qu’il suffit de circuler ce qui, d’ailleurs, se traduit aujourd’hui au paroxisme par ces ridicules expositions virtuelles où le spectateur est mis au cœur de la peinture, Van Gogh ou Klimt ou … ne pouvant que regarder sans voir car il est bien entendu qu’une œuvre exposée ne peut être que géniale, forcément géniale.