Voyages_Voyages

14 mai 2018

Plus jamais

Dernier jour, le terrible « plus jamais » ! Il est vrai que chaque jour ou presque, nous faisons des choses que nous ne ferons plus jamais. Mais il y a dans le fait de quitter pour toujours une ville où l’on a vécu assez longtemps pour s’y sentir bien un caractère définitif plus fort que, par exemple, ne plus jamais vouloir faire tel ou tel plat. Ici, le plus jamais prend un caractère d’autant plus inexorable qu’il est volontaire : je ne reviendrai plus jamais à Naples comme je ne reviendrai plus jamais à Lisbonne, Séville, Rome, Vienne, Madrid, Palerme… D’autres villes attendent.

Aujourd’hui j’ai donc décidé de ne rien faire de spécial, simplement rôder une dernière fois dans la vieille ville, au hasard, à l’aventure sachant que se présentera toujours quelque chose d’imprévu : une église ouverte alors que jusque là elle était fermée, une classe d’enfants déguisés en personnages de la crèche, une rue où je n’étais pas encore passée… Rien de très intéressant. Parlons d’autre chose :

Deux choses inévitables à Naples : les crèches et la fameuse rue des preseppi, une des plus touristiques avec ses personnages de toutes tailles, de toutes couleurs, animés ou non. J’avais déjà constaté ailleurs dans les villes italiennes, l’amour des familles pour les crèches. Ici ça relève d’une religion spéciale, il y en a partout y compris dans les musées. Difficile d’y échapper. Autre inévitable, le baba au rhum qui semble être une spécialité napolitaine tant les pâtisseries en proposent avec ou sans crème. Il est vrai que la pâtisserie italienne, dans son ensemble, est médiocre et relève plutôt du gâteau sec que de cet art bien français.

Et puisque j’ai commencé de parler nourriture, j’ai mangé tous les jours dans un restaurant différent. Là encore je ne suis pas allé dans un restaurant recommandé par les guides touristiques pour la bonne raison qu’il n’y en a que trois ou quatre et qu’ils sont tous loin du centre ville et, comme je ne mange jamais à midi (a pranzo), je n’ai pas eu envie de faire encore des marches de trois quart d’heures ou d’une heure, et autant au retour, pour aller manger. Bien sûr il y a des taxis mais je ne peux m’empêcher de penser qu’en prendre un relève d’une certaine paresse. En résumé, on mange correctement à peu près partout, comme d’ailleurs dans toute l’Italie mais les cartes sont réduites : pâtes (souvent excellentes), pizze (parfois excellentes), poisson au grill car pour le reste, à mon goût, ils le font trop cuire. Je dois quand même avouer que j'ai mangé au Annare, Piazza del Gesu, un filet de thon minsucule mais parfaitement cuit. Je trouve ainsi qu’ils massacrent la morue, un de mes plats préférés. Généralement ils proposent de la Spada, de l’espadon que j’apprécie très modérément. Ma meilleure pizza, pâte très fine, bien garnie au Partenope via dei Librai, près de la statue du Nil, mes deux meilleurs restaurants, tous deux sur la Piazza Dante, le 53 d’abord mais je n’y ai pas toujours trouvé de place et O’Cerriglio beaucoup plus « familial » et italien mais avec une cuisine fiable.

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13 mai 2018

Real Bosco di Capodimonte

Aujourd’hui il faisait beau, et chaud, j’ai donc décidé de me contenter d’aller marcher dans un parc. Il n’y en a pas beaucoup à Naples si j’en juge par les cartes de la ville. Le seul qui paraissait intéressant en taille étant celui de Capodimonte et de plus accessible à pied, un peu plus de trois kilomètres de l’appartement, j’ai donc décidé d’y aller en choisissant un itinéraire un peu au hasard par les petites rues et les escaliers qui montent assez rudement. C’est un bon exercice sauf que j’ai rencontré au milieu de la pente un couple de français exténués parce qu’ils tiraient leurs valises depuis la gare s’étant dit que Naples était une ville plate. Comme je l’ai dit, il ne faut pas se laisser abuser par le centre ville, Naples est une ville à pentes fortes. Je les ai consolé en leur disant qu’ils allaient bientôt avoir de magnifiques panoramas sur Naples, et, aujourd’hui pour la première fois que je suis là, sur le Vésuve. Un taxi ne leur aurait coûté que dix euros mais bon, il n’y a pas de petites économies et ça leur fera un peu de sport, ils semblaient en avoir besoin… En ce qui me concerne, je n’ai pas été déçu, on se croirait ailleurs qu’à Naples tant ce parc est vert et bien entretenu. C’est d’ailleurs manifestement un lieu de sorties familiales dominicales car c’est plein d’enfants avec leurs petits vélos. Il est vrai qu’il est situé dans un quartier plutôt classes moyennes supérieures à en juger par les façades et les voitures. En fait son nom est le Real Bosco di Capodimonte car, à l’origine, c’était une réserve de chasse pour Charles III d’Espagne (on sait que Naples est passé entre plusieurs mains royales). Une partie des pelouses est interdite mais pas toute, on peut donc passer un moment à s’y reposer ou à marcher dans l’ombre. Ce que j’ai fait puis je n’ai pas pu résister à entrer dans l’ancien palais royal devenu le Musée de Capodimonte. Sans l’avoir prévu, j’ai bien fait, de toutes les galléries d’art ou musées que j’ai visité durant mon séjour napolitain, celui-ci est vraiment le plus intéressant. Il est d’une très grande richesse que ce soit en œuvres des quatorzième au seizième siècle mais aussi dans toutes les époques postérieures jusque vers la fin du dix neuvième. Je dois atténuer ce que j’ai dit antérieurement sur la peinture : on passe sans vraiment regarder devant des dizaines de tableaux tous bien peints, mais tous semblables ou presque dans leurs factures et puis, tout d’un coup quelques œuvres ont quelque chose de plus, une force qui attire et retient l’œil et, si on lit alors les cartels, on s’aperçoit que ce sont des toiles de Ribera, du Caravage (il y a là une sublime flagellation du Christ), de Botticelli, d’Artemisai Gentileschi (son sublime Judith décapitant Holopherne que personnellement je trouve même plus puissant que le tableau du même thème du Caravage) qui réconcilie un peu avec la peinture. Par contre il y a une petite section dans des combles bien aménagés d’art contemporain que j’ai trouvé minable et sans aucun intérêt pourtant j’aime l’art contemporain et j’ai été souvent intéressé au moins autant par des créations actuelles que par nombre de toiles dites de maître. Mais ici ? Je renonce parfois à comprendre…

12 mai 2018

Rues de Naples

Depuis hier il fait beau et chaud subitement, j’ai même dû m’acheter un chapeau de paille pour résister à la violence d’Hélios. Hier je suis allé à Herculanum, assez déçu par la visite : il ne faut pas avoir visité Pompéi pour être satisfait d’Herculanum qui était manifestement une petite ville divisée en quatre quartiers et n’offrant que peu de vestiges intéressants. Une bonne heure suffit.

Aujourd’hui je me suis encore promené dans les rues de Naples, de la via Duomo au Pausilippe en passant par les hauteurs, six ou sept kilomètres de marche aller, autant retour, une bonne journée. Je sens que j’entre dans la phase que j’ai vécu à chacun de mes séjours, l’impression soudain que je pourrais être chez moi parce que déjà des habitudes se sont installées, parce que je deviens familier des lieux et que rien, ou presque, ne m’étonne plus. Bien sûr, je ne suis pas allé dans tous les quartiers, notamment dans le quartier de Scampia où est situé le film Gommora. Mais j’en ai parcouru au moins sept sur douze. On y retrouve des caractéristiques communes : le rapport qu’entretiennent les napolitains avec les voitures qui peuvent être garées n’importe où, y compris sur des escaliers, les crottes de chien que personne ne ramasse y compris dans les quartiers bourgeois, le rapport étrange aux interdictions qui se manifeste partout par des affiches manuelles disant diverses choses comme il na faut pas jeter les écoles ici, c’est devant une école, ou attention cette rue est sous surveillance vidéo et vous serez dénoncés, sans aucun effet ; la multiplicité des autels à tel ou tel personnages religieux : dans certaines rues il y en a tous les dix mètres ; les annonces de décès placardées sur les murs et qui sont ici des affiches de taille importante ; l’affichage par des objets rappelant l’enfance de la naissance de telle fille ou garçon ; l’omniprésence des scooters qui vont le plus vite possible. Mais ce sont quand même les petites rues des quatre ou cinq quartiers centraux qui sont particulières par l’accumulation de particularités notamment les linges qui sèchent au-dessus de la rue ou même, sur de petits séchoirs à même la rue étalant aux yeux de tous les draps et les slips ; ou encore les appartements minuscules des rez-de-chaussée largement ouverts au public, certains même s’étant accaparé d’un morceau de rue, déjà naturellement très étroite, pour construire quelque chose comme une terrasse extérieure et donc une vie à demi intérieure, à demi extérieure. Remarquable également le rapport aux ordures : il y a des poubelles municipales qui débordent et dont je n’ai pas pu voir quand elles étaient vidées, apparemment peu souvent, et partout des dépôts sauvages d’objets et de matériaux divers qui semblent ne gêner personne avec souvent des enfants qui jouent avec et dans tout ça car, il semble qu’ici, les habitants ont des rapports assez proches entre eux, se parlant de balcon à balcon, de balcon à rue et faisant descendre pour que quelqu’un aille faire des courses, des paniers remontés ensuite dans les appartements par des cordes. Un côté collectif méditerranéen qui n’est pas désagréable.

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11 mai 2018

Ambulamus in cadavera

Aucun pays au monde ne nous rappelle mieux que l’Italie que nous marchons sans cesse sur des cadavres : aucun pays au monde, à ma connaissance n’a autant de fouilles de tombes, de catacombes dans ses villes qui sont autant de villes souterraines parfois plus vastes que les villes réelles qui les surmontent comme celles de San Gennaro à Naples avec un parcours d’environ six kilomètres et celles San Gaudioso avec un de plus de deux kilomètres, ce qui représente des milliers de corps. Mais il y a aussi dans le Latium, la partie centrale de l’Italie, 50 autres catacombes dont certaines sont encore visitables, il y en a également en Sicile. Pompéi et Herculanum, également nous mettent devant cette évidence car quelques squelettes parmi ceux qui ont été trouvés y sont encore visibles plus ou moins surpris dans des poses étranges. Toutes n’ont certes pas la théâtralité des catacombes de Palerme où les corps sont desséchés et présentés dans leurs vêtements ce qui donne à leur rencontre une vision assez angoissante. Le catholicisme a beaucoup joué avec la représentation des corps morts, parfois avec excès comme dans la Capela dos ossos à Évora au Portugal où joue encore avec comme dans les fêtes traditionnelles mexicaines. Tout cela rappelle ce que nous savons tous mais que nous ne vivons pas avec la même intensité que dans ces villes, non le côté inexorable de la mort avec sa variante effrayante catholique car la mort peut, pour les élus, être un bon voyage et ses traces peuvent être bénéfiques comme le souligne le culte des reliques inséparable de la possibilité des églises ; alors même que, pour la plupart elle reste un danger sans fin. Ce que portent ces traces, c’est ce qu’enfant et jeune adolescent je recherchais sans en avoir vraiment conscience tout en étant irrésistiblement attiré par les ruines, dans les petits villages morts ou les fermes en ruine de ma Lozère natale, lieux où je revenais très souvent me promener et où j’aimais me promener seul. Ce que disent les ruines, les tombes et les cadavres c’est la force indestructible de la vie. Nous marchons sans cesse sur des cadavres, mais nous marchons. Ce qui a été démoli sert de matériau à ce qui vit, nous sommes des nécrophages heureux et cette nécrophagie fait la force de l’humanité. Si nous ne marchions pas sans fin sur des cadavres, nous n’avancerions pas car, contrairement à la doxa catholique, ces cadavres ne font en rien redouter la mort ou n’appellent en rien à une autre existence hypothétique mais, au contraire, nous apprennent à vivre avec intensité. Certes, nous disparaissons certes un jour, mais d’autres nous suivent, d’autres nous remplacent, des strates de corps s’accumulent au cours du temps et cette stratification est le triomphe de l’humanité. C’est ce que je décrivais lors de mon séjour à Rome : en marchant dans ces villes, en étant sans cesse confronté à des traces millénaires, s’installe, comme nulle part ailleurs, plus que comme un savoir — car bien sûr nous savons tous, nous avons tous appris ce qu’enseigne l’histoire —, comme une évidence, aussi naturelle que la respiration où la réalité des muscles qui fonctionnent, une évidence vitale la corporéité de l’histoire. Nous sommes tous, aussi modeste et solitaire que soit notre vie, des fragments d’histoire. Notre vie n’a d’autre sens que de s’inscrire dans sa trajectoire, d’être, en soi, un fragment d’histoire et, même si cela n'est pas toujours pleinement satisfaisant, elle a ainsi un sens.

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10 mai 2018

Un peu de tourisme quand même

Difficile de tenir un journal de voyage sans parler un minimum du lieu où on se trouve et maintenant avec dix journées de recul je commence à avoir un peu une idée de ce qui fait Naples.

La ville est construite pour l’essentiel entre le port et deux collines assez raides : le Vomero et le Capodimonte. Pour l’essentiel la partie envahie de touriste de la vieille ville entre la gare centrale et la via Toledo, ainsi que le quartier du port sont assez plats mais tout change vite lorsque l’on sort de cette zone, on trouve alors assez souvent des pentes raides et des escaliers d’où trois funiculaires et quelques ascenseurs publics. Le quartier envahi de touriste où on a beaucoup de mal à circuler est celui entre la via Duomo et la piazza Dante. Ce n’est pas le plus intéressant même s’il y a comme partout à Naples quelques beaux restes de Palazzo dans l’ensemble assez abîmés (et je me dis chaque fois que je les vois que tout pourrait être tellement plus beau si la ville obligeait, comme à Paris, à faire des ravalements réguliers. Mon loueur par exemple est un industriel qui possède de famille l’ensemble de l’immeuble aux escaliers de marbre et aux appartements parfaitement entretenus. Je suis persuadé qu’il pourrait payer sans problème un ravalement… Mais passons…) et de nombreuses églises la plupart fermées parfois même en ruines. Pourtant il y a de nombreux autres quartiers intéressants à Naples et, pour ma part, je recommande de monter aux catacombes de San Genaro par la via Sanita qui est une rue très vivante et très napolitaine, on y passe facilement une demi-journée. Parmi tous les lieux religieux, ceux qui m’ont vraiment intéressés sont : Santa Restitude à l’intérieur d’un Duomo sans intérêt, Dona Regina vecchia à l’intérieur de Dona Regina, Santa Chiara et la Certosa de San Marino sur le Vomero et sous le Castel Nuovo où on monte par un petit funiculaire à partir d’une rue également très vivante, la via Montesanto. Personnellement je prends beaucoup de plaisir dans mes marches méditatives au cœur des vieilles rues qui s’enchevêtrent sur les pentes à me laisser porter par l’atmosphère, surtout quand il fait beau comme aujourd’hui, et à m’arrêter dans un petit café à boire un expresso lungo, ce qui veut dire environ un quart de tasse. Une autre église est recommandée par tous les guides : San Severo au cœur de la vieille ville. Certes c’est un très beau bijou baroque mais il y a souvent des queues d’attente interminable et le prix d’entrée est le plus cher de tous les monuments de Naples que j’ai visité. De plus, ce qui me déplaît fortement il est interdit de photographier mais… la surveillance napolitaine n’est jamais très sérieuse. Le palazzo del’ovo comme le palais angevin valent surtout par leur emplacement, le palais royal est un palais royal comme tant d’autres, le petit cabinetto segreto du Musée National Archéologique est intéressant et, si on aime les marbres, les mosaïques et le fresques antiques, il ne faut pas le rater. Mais… là aussi, attention aux queues qui, certains jours sont dissuasives. Quant à la nourriture : pizze, pizze, pizze, généralement bonnes, les restaurants sont moins faciles à trouver. J’en parlerai un autre jour.

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09 mai 2018

À quoi ça sert tout ça

 Je fais des photos, en nombre, j’en ai des milliers sur mes divers disques durs. Je m’en sers souvent pour mes divers travaux mais, quand même, j’en ai beaucoup trop même si un grand nombre d’entre elles passent sur mon ordinateur en fond d’écran et stimulent ainsi constamment ma mémoire. J’ai aussi des milliers de photos antérieures au numérique dans divers cartons de mon grenier. Les dernières sont en général des amis, des connaissances et beaucoup, beaucoup, de la famille, des enfants et petits enfants surtout, comme tout le monde. J’en ai numérisé quelques unes mais j’ai bientôt abandonné car, d’une part beaucoup depuis qu’elles sont en couleurs, ont mal vieilli et, d’autre part, parce qu’un tel travail non créatif n’aurait de sens que si j’avais un projet précis or ce n’est pas le cas. Les secondes, depuis la facilité du numérique sont curieusement essentiellement des paysages, plus précisément des fragments de paysages, des choses insolites, des détails ou… ce qu’on appelle couramment des œuvres d’art. Cette démarche tend à être inflationniste, 422 photos pour Séville par exemple, 451 pour Lisbonne et c’est bien parti pour Naples. Je sais que je ne suis pas le seul à voir le nombre d’appareils photos, souvent ultra sophistiqués qui se promènent dans les rues alors que, parce que je le trouve tellement commode à transporter dans une poche, je n’utilise qu’un compact. Quand je vois quelque chose qui me semble intéressant (pour qui ?), j’ai envie de le photographier, il me semble ainsi capter l’esprit d’un lieu, d’une chose, d’une œuvre. Heureusement je fais souvent un tri avant de les conserver mais, quand même, à quoi ça sert tout ça puisque j’ai horreur, non seulement d’assister à des séances de visionnage mais, au moins tout autant, de les faire visionner à des amis ou des parents. Alors ? Est-ce la crainte de perdre la mémoire ou la constatation réaliste que je ne peux pas me souvenir de tout. Mais est-ce vraiment nécessaire de se souvenir de tout ? Est-ce si important pour l’être que cette orgies de choses vues, entendues, goûtées. Au fond, en prenant impulsivement des photos, j’évite de me poser réellement cette question de l’être. Pourtant n’est-elle pas essentielle ? On peut fuir dans la nourriture plus ou moins gastronomique, dans la boisson, dans n’importe quelle consommation, dans le prétexte de telle ou telle collection, dans la fuite en avant de l’action, dans la multiplication des rencontres, dans l’écriture, dans la création et dans tant d’autres choses mais avec au bout reste toujours cette lancinante question : à quoi ça sert tout ça ? À quoi ça me sert tout ça ? Je suis réellement athée et n’ai recours à aucune mystique, je ne peux donc trouver aucune réponse dans une quelconque extériorité. Aussi je marche, je marche, je marche, je marche dans Paris, je marche dans Vienne, je marche dans Séville, je marche, des heures et des heures poursuivant une réponse inaccessible. Et le temps, inexorable, me regarde marcher…

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08 mai 2018

Peinture, peintures…

Depuis huit jours que je suis à Naples, il pleut… J’aurais mieux fait de rester à Paris, mais mes expériences de Lisbonne, Séville, Palerme et même Vienne aux mêmes époques m’avaient plutôt convaincu de quitter notre capitale. Les repères météo changent, il va falloir m’y habituer. Quoi qu’il en soit, il pleut, il fait même frais au point que, n’ayant prévu que des tenues printanières, j’ai dû m’acheter un pull. Dans mes autres villes, je passais la plupart du temps à marcher au hasard des rues, pour le simple plaisir de la marche et de la découverte d’ambiances neuves mais un simple accessoire, le parapluie, gâche tout d’autant que les pavages des rues et les très nombreux véhicules, scooters surtout et voitures ne se souciant guère des passants, les chaussures sont vite mouillées et je n’ai jamais sorti mes espadrilles. Restent les très nombreux lieux à visiter même si les heures d’ouverture sont aléatoires. Je profite donc de la moindre occasion : si une église est ouverte, j’y entre ; si le portail d’un palazzo est entrouvert, je me faufile et il est rare qu’on m’interdise d’entrer et j’ai parfois de belles surprises dans des lieux inattendus.

Architecture souvent banale des églises qui sont de vastes bâtiments paradoxalement sans vraiment d’âme (sauf, pour moi, la Dona Regina Vecchia qui fut une vraie surprise) mais souvent abondantes en peintures, riches et vastes peintures des plafonds, parfois peinture des murs mais le plus souvent abondance de tableaux. Quelques palazzo eux-même sont transformés en galeries de peinture. Partout des peintures, des milliers de peintures, la plus grande partie de l’époque baroque, quasi-identiques dans leur style et leurs thèmes car très peu ont quelque chose de particulier qui permet de retenir l’œil. Et je me demande à quoi sert cette débauche d’images, ces kilomètres carrés de peintures, toutes les mêmes et toutes légèrement différentes, des variations infimes sur un ensemble fermé de thèmes : des nativités, de mater dolorosa, des crucifixions, des vierges à l’enfant, des martyres variés et, hors des églises, des portraits, des portraits, des portraits. Ces Bonito, ces de Benedetis, ces Capulongo que l’on retrouve pourtant de ci de là dans d’autres villes romaines, dans d’autres églises, dans d’autres musées au travers du monde et qu’on voit sans les voir car l’œil est saturé d’autant que certaines, celles des plafonds notamment, à 10 ou 15 mètres au-dessus des têtes des visiteurs et qu’on n’aperçoit un peu qu’avec des jumelles ou au zoom et en les agrandissant ne sont pas vraiment regardables… et qu’il est évident qu’elles ne sont là que pour remplir le vide, pour éviter la nudité des lieux plus que pour réellement donner à voir comme si les religieux et les conservateurs de musée avaient peur de devoir révéler qu’il n’y a, en effet, rien à voir et qu’il suffit de circuler ce qui, d’ailleurs, se traduit aujourd’hui au paroxisme par ces ridicules expositions virtuelles où le spectateur est mis au cœur de la peinture, Van Gogh ou Klimt ou … ne pouvant que regarder sans voir car il est bien entendu qu’une œuvre exposée ne peut être que géniale, forcément géniale.

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07 mai 2018

Voir, ne pas voir


qu’est-ce tu veux il a tout vu tout vu l’a vu
la tour de Londres le pont des soupirs
l’Empire State Building Notre Dame de Paris le
zouave du pont de l’Alma il a tout vu tout la tour
de Pise même que mon hôtel était à ses pieds je te dis
je la voyais de ma terrasse il a tout vu tout vu
la muraille de Chine le mur de Berlin le palais des
papes en Avignon les arènes de Barcelone qu’est-ce
tu veux la tour Saint Jacques les arènes de Nîmes le Prado
ah non pas le Prado pas eu le temps il a vu tout Madrid
mais pas le Prado l’ai vu a vu tout tout ce que tu veux
même le mur des lamentations et le grand canyon
du Colorado et le lac Ontario et les falaises de
Badiangara et la Palais royal de Naples et Quimperlé
même Quimperlé et bien plus encore il a marché marché
qu’est-ce tu veux je te dis qu’est-ce
tu veux qui l’intéresse maintenant qu’est-ce tu veux
 

Arrive en effet un moment où la question se pose : 78 ans, à quoi ça peut bien servir de voir encore et encore et encore, d’emmagasiner dans une mémoire qui va bientôt s’éteindre des lieux, des monuments, des tableaux, des événements, des instants positifs ou négatifs ? J’aime vivre, j’aime sentir fonctionner mon corps, marcher, nager, faire du vélo mais dans ces moments-là, justement je ne suis qu’un corps qui fonctionne, tout simplement, un corps qui sent son cœur battre, sa respiration se maintenir régulière, qui sent sa chaleur qui sent les sensations de l’eau sur la peau, la fatigue qui s’installe peu à peu dans les muscles et qu’il s’agit seulement de dominer pour en faire plus, toujours plus. Pas question, dans ces longs moments là où je suis pur animal, pur muscle de faire vraiment travailler le cerveau. Pédalez, nagez, marchez, il n’y a rien à voir. Simplement être et sentir. Mais pourquoi voyager ? Pourquoi Lisbonne, Séville, Palerme, Naples, Vienne et tant d’autres… Et ceux d’autant que mes contacts humains n’y sont que d’occasion car, de toutes façons, je suis un solitaire invétéré : je nage, pédale, marche en moi-même. Le décor qui m’entoure n’est qu’une image virtuelle comme pour ces machines de sport qui mettent devant les yeux de ceux qui les pratiquent une image de paysage. Ne serait-il pas plus simple de rester chez moi et de faire toujours les mêmes itinéraires. Est-ce pour cela que je ne nage qu’en piscine faisant, comme un poisson rouge un grand nombre d’aller-retour en ne voyant défiler que le carrelage du fond du bassin ? Où sont les limites ?

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06 mai 2018

Une histoire de ménage

Vous ne le savez pas, mais je suis bibliophile, c’est à dire que j’ai une collection assez important d’éditions des XVI, XVII et XVIII ème siècles de littérature française. Bon… et alors, que vient faire Naples dans cette bibliothèque ? Il se trouve qu’au hasard de mes pérégrinations lentement méditatives dans le vieux Naples, je regarde mollement tout ce qui passe sous mon regard et voilà que Via dei Librai je remarque au milieu d’un petit étalage de bibelots divers un livre dont la reliure, le format me donnent penser qu’il pourrait être du dix huitième siècle. Je le regarde donc et, surprise, ce n’est ni un livre en latin, ni un ouvrage religieux, ni un ouvrage de morale catholique comme on en trouve tant mais le tome 2 des Menagiana du célèbre grammairien et écrivain Ménage. Bien sûr, vous ne le connaissez pas, peu importe. L’essentiel est que je le connaisse, en l’examinant de plus près je vois que c’est l’édition de 1713, une des plus proches de sa mort en 1692, car oui il a été édité à plusieurs reprises. De plus cet ouvrage porte un ex libris qui est de Charles Grave Hudson Esquire avec ses armoiries. Seul problème, la couverture arrière est détachée de l’ensemble par ailleurs en bon état… J’en demande donc le prix, le vendeur veut d’abord 40 euros, ce qui n’est pas très cher mais, il n’y a qu’un volume er il n’est pas en parfait état. Je dis donc que c’est trop cher : il descend à trente cinq. Je fais remarquer que personne (à Naples je ne risque pas de me tromper) ne connaît cet auteur mais le vendeur me fait remarquer qu’il a plus de trois cent ans. Ce n’est pas l’âge de Pompei et ici on a le sens de l’histoire. J’en offre vingt, le marchand ne veut pas céder, moi non plus, on se quitte bons amis. Quelques jours plus tard, et cette fois pas par hasard, je repasse devant l’étalage : le livre est toujours là, comme je m’en doutais. Je dis ave un peu d’ironie au vendeur qu’il n’est pas encore vendu il soupire : personne n’en veut. Je lui dit : moi, si mais à vingt euros. Il baisse à vingt-cinq, je maintiens mon prix. Il me dit alors vingt deux, je résiste et là il m’a au sentiment en me disant qu’il ne peut pas toujours céder. Je comprends en effet et je sais qu’il n’ira pas plus loin car il a son honneur de marchand à défendre. Je cède donc. Me voilà avec mon ménage qui m’a surtout permis un bon échange avec ce commerçant et obligé à roder mon italien…

Quant au Menagiana 

Menagiana, ou Les bons mots et remarques critiques, historiques, morales et d'érudition de M. Ménage. Tome 2 / , recueillies par ses amis. 3e édition, plus ample de moitié et plus correcte que les précédentes

Menagiana, ou Les bons mots et remarques critiques, historiques, morales et d'érudition de M. Ménage. Tome 2 / , recueillies par ses amis. 3e édition, plus ample de moitié et plus correcte que les précédentes -- 1715 -- livre

http://gallica.bnf.fr
c’est en effet un recueil d’anecdotes et de bons mots sur la société de l’époque et qui renferme au passage quantité de citations d’auteurs depuis oubliés mais qui sont, elles, bien choisies et souvent très finement humoristiques. Ce livre a eu un tel succès qu’un autre écrivain, nommé Jean Bernier écrivit un Anti-Menagiana que l’on peut trouver ici : 
Full text of "Anti-Menagiana ov l'on cherche ces bons mots, cette morale, ces pensees judicieuses, & tout ce que l'affiche du Menagiana nous a promis"

a m PERKINS LIBRARY Duke University Kare Dooks JUXJ_>XVi XXV J. Digitized by the Internet Archive in 2011 with funding from Duke University Libraries http://www.archive.org/details/antimenagianaovlOObern -? ' *ï Iv*/f jau '^b N*/*\*' MsiiL**~i teJU^ J*, 7 ANTI-MENAGIANA o b L'ON CHERCHE CES BONS MOTS, CETTE MORALE, CES PENSEES JUDICIEUSES Tout ce que l'Affiche.

https://archive.org



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05 mai 2018

Et Dieu alors ?

Dieu est un vaste sujet et je ne prétends pas à moi seul, athée comme un taureau, à apporter ici la vérité. Non, je veux simplement dire qu’ici, en Italie, et à Naples comme dans d’autres villes où j’ai pu résider, on n’y échappe pas, même l’épicier du coin avec qui je plaisantais parce qu’il réussit à m’imposer un sac plastique alors que je lui disais que je n’en avais pas besoin (pauvre méditerranée, ici ces sacs sévissent dans tous les commerces) et finissant par accepter pour ne pas lui fâcher en lui disant que c’était lui le patron n’a pu s’empêcher de me rectifier en montrant le plafond de sa boutique en disant « c’est lui le patron ». Dieu arrive ainsi très vite au détour des conversations les plus banales. Et Naples est, comme Palerme ou Rome une ville où, dans la vieille ville un immeuble sur trois est une énorme église même si la plus grande partie est fermée, en très mauvais état et souvent très quelconque. Il y a quand même quelques merveilles. Pour l’instant j’en ai vu quatre qu’il faut absolument voir pour des raisons très différentes : Sainte Clara et Sainte Restitute dont j’ai déjà parlé mais aussi Pio Monte de la Misericordia pour son Caravaggio et sa galerie d’art qui permet de visiter les anciens appartements dont les occupants pouvaient assister à la messe en ouvrant seulement une fenêtre interne donnant directement sur le chœur de l’église, mais également et surtout Donnaregina et particulièrement Donaregina Vecchia qui renferme un grand ensemble merveilleux de fresques du XIV ème siècle dans un très bel état de conservation. Dieu est donc partout, dans les échanges les plus ordinaires, dans les rues qui présentent de nombreux autels populaires la plupart consacrés à la Vierge Marie et dans les bâtiments. En plus, aujourd’hui, le 5 mai est le jour de la San Genaro (saint Janvier), le grand saint patron de Naples dont le sang contenu dans deux petites ampoules de verre est censé renouveler trois fois par an, dont le premier samedi de mai, le miracle de sa liquéfaction. En ce jour, à 17 heures démarre une très grande procession qui parcourt une grande partie des rues de la vieille ville pour rejoindre Santa Chiara. El il y a foule, petite musique militaire en tête puis défilé de grands bustes en argent de San Genaro, bien sûr, mais aussi d’autres personnages portés par diverses congrégations qui, pour l’occasion, arborent leurs costumes et leurs bannières. Et ça chante et ça alleluye à pleine voix. Autant dire que vue l’étroitesse des rues, la ville est paralysée. Mais bon, voir ça en touriste, avec un certain détachement devant ces ferveurs populaires n’est pas désagréable et puis si leurs prières pouvaient faire revenir un soleil très évanescent, je ne cracherais pas dessus. On peut toujours rêver que la foi sincère serve à quelque chose. Pour l’instant, je reste dubitatif…

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