qu’est-ce tu veux il a tout vu tout vu l’a vu
la tour de Londres le pont des soupirs
l’Empire State Building Notre Dame de Paris le
zouave du pont de l’Alma il a tout vu tout la tour
de Pise même que mon hôtel était à ses pieds je te dis
je la voyais de ma terrasse il a tout vu tout vu
la muraille de Chine le mur de Berlin le palais des
papes en Avignon les arènes de Barcelone qu’est-ce
tu veux la tour Saint Jacques les arènes de Nîmes le Prado
ah non pas le Prado pas eu le temps il a vu tout Madrid
mais pas le Prado l’ai vu a vu tout tout ce que tu veux
même le mur des lamentations et le grand canyon
du Colorado et le lac Ontario et les falaises de
Badiangara et la Palais royal de Naples et Quimperlé
même Quimperlé et bien plus encore il a marché marché
qu’est-ce tu veux je te dis qu’est-ce
tu veux qui l’intéresse maintenant qu’est-ce tu veux
 

Arrive en effet un moment où la question se pose : 78 ans, à quoi ça peut bien servir de voir encore et encore et encore, d’emmagasiner dans une mémoire qui va bientôt s’éteindre des lieux, des monuments, des tableaux, des événements, des instants positifs ou négatifs ? J’aime vivre, j’aime sentir fonctionner mon corps, marcher, nager, faire du vélo mais dans ces moments-là, justement je ne suis qu’un corps qui fonctionne, tout simplement, un corps qui sent son cœur battre, sa respiration se maintenir régulière, qui sent sa chaleur qui sent les sensations de l’eau sur la peau, la fatigue qui s’installe peu à peu dans les muscles et qu’il s’agit seulement de dominer pour en faire plus, toujours plus. Pas question, dans ces longs moments là où je suis pur animal, pur muscle de faire vraiment travailler le cerveau. Pédalez, nagez, marchez, il n’y a rien à voir. Simplement être et sentir. Mais pourquoi voyager ? Pourquoi Lisbonne, Séville, Palerme, Naples, Vienne et tant d’autres… Et ceux d’autant que mes contacts humains n’y sont que d’occasion car, de toutes façons, je suis un solitaire invétéré : je nage, pédale, marche en moi-même. Le décor qui m’entoure n’est qu’une image virtuelle comme pour ces machines de sport qui mettent devant les yeux de ceux qui les pratiquent une image de paysage. Ne serait-il pas plus simple de rester chez moi et de faire toujours les mêmes itinéraires. Est-ce pour cela que je ne nage qu’en piscine faisant, comme un poisson rouge un grand nombre d’aller-retour en ne voyant défiler que le carrelage du fond du bassin ? Où sont les limites ?