Il y a des lieux que l’on n’a pas l’habitude de voir et vers lesquels seul le touriste un peu fou, original, ayant beaucoup de temps à perdre ou adepte inconditionnel de la marche pour elle-même, se dirige. Ainsi de la rivière qui traverse Madrid ; une rivière, pas un fleuve ; une rivière qui se jette dans une autre rivière, le Jarama qui, enfin rejoint Le Tage. C’est donc un cours d’eau assez modeste, étonnant même pour la troisième ville d’Europe. Si à Madrid on n’arrête pas de monter et de descendre c’est pourtant que la ville est construite sur le flanc le plus abrupt de ce bien modeste cours d’eau que dominent la Palais Royal et la Cathédrale. Pourtant n’essayez pas de la voir à partir des points de vue de ces deux lieux, cette rivière est invisible d’en haut. D’abord parce qu’elle est très modeste mais surtout parce qu’elle est noyée dans la verdure. Des hauteurs ouvertes de Madrid, on ne voit, dans sa direction qu’une immense surface de verdure où se perdent un ensemble de bâtiments modernes, c’est un grand parc d’environ 1800 hectares, beaucoup plus grand que le magnifique Buen Retiro dont j’ai déjà parlé et qui vaut bien une journée de visite quand il fait très chaud. Les berges du Manzanares ont de plus été elles-mêmes très bien aménagées en vaste promenade ombragée. Cependant les arbres n’ayant pas encore l’ancienneté du parc, les ombres y sont moins denses. Il y a des jeux pour enfant, un restaurant-bar, de très nombreux vélos qui passent en famille ou en groupe car, semble-t-il la piste cyclable est assez longue. Si dans la ville de Madrid elle-même, il y a peu de jardins, elle est entourée de quelques grands et beaux parcs. Celui-ci, la Casa de Campo, est le plus grand et on peut facilement s’y promener des heures. Ce que j’ai fait car si Madrid est en fête, c’est une fête bon enfant qui se concentre essentiellement Plaza Mayor et dans le quartier San Isidro autour de l’église de ce nom. En ce qui me concerne, j’en ai vite fait le tour. En effet, à moins d’être fou de musique, populaire, il y a quand même peu d’évènements et si les promenades de Gigantes et Cabezudos distraient un moment, ce ne sont quand même pas des attractions de premier ordre. Il y a quantité de groupes amateurs qui se produisent ici et là et ça fait une ville joyeuse mais sans plus, on est très loin des folies populaires que proposent les fêtes de certaines autres villes européennes. Dans l’ensemble c’est très sage, je dirai même très familial, même si de nombreux madrilènes ont revêtu la tenue castillane traditionnelle. Cette tenue est d’ailleurs elle-même très sage, très sobre, petit gilet à carreaux avec œillet rouge à la boutonnière pour les mâles sur chemise blanche et casquette du même tissu. Pour les femmes la robe longue de couleurs diverses serrée à la taille et aux genoux ressemble vaguement à la tenue andalouse mais si cette dernière est flamboyante de couleurs, de volants, d’ampleur qui magnifient les mouvements et les corps, si les châles sur les épaules sont d’une grande richesse ornementale, la robe castillane est très pauvre en ornements, presque étriquée comme si elle enfermait les femmes et le petit foulard sur la tête donne bien davantage une impression de vêtement rustique. Mais la fête dure trois jours, ce dimanche ce n’est que le deuxième, peut-être que la ville va s’enflammer, mais j’en doute.