En avion, en voiture, en train, en bus, à pied et même — oui — à cheval, un peu, j’ai dans ma vie parcouru le monde en tous sens et connu bien de vraies aventures dont plusieurs auraient pu faire l’objet d’un livre… Né deux ans avant la fin de la deuxième guerre mondiale j’ai joué bien trop tôt avec des armes dangereuse et vécu une adolescence de petit voyou de campagne, depuis mes seize ans, à une époque où l’on pouvait presque aller sans crainte, malgré les très différents régimes politiques qui les dirigeaient, dans n’importe quelle région de n’importe quel pays du monde, de l’extrême Orient à l’Amérique du sud, de la Finlande au Burkina Faso, à l’Ouzbékistan, l’Arménie et la Syrie, j’ai rencontré, traversé, éprouvé des situations parfois assez difficiles qui étaient parfois de vrais épreuves. J’ai connu des tremblements de terre, des éboulements de montagnes, des éruptions volcaniques, des cyclones et des tempêtes bien que le bateau n’ait pas été mon moyen de transport le plus fréquent. J’ai été transporté dans des avions où, aujourd’hui personne n’accepterait de monter, je me suis perdu dans le sud du désert algérien, rencontré des esclaves, affronté à des tempêtes de neige, joué avec les services de sécurité de diverses dictatures… Bref, ma vie fut assez active, dynamique et mouvementée pour être passionnante et pourtant je n’ai jamais eu vraiment envie de la raconter, sauf, parfois, lors d’un repas trop arrosé avec quelques intimes qui doivent d’ailleurs se dire que j’ai beaucoup d’imagination. Mais je n’ai jamais éprouvé la moindre nostalgie du passé. Je sais que tout cela m’a fait, je sais que je le porte en moi, parfois comme une richesse, parfois comme un regret mais cela a été. Il suffit, pas besoin de roman.

Je suis maintenant dans une temporalité toute autre. Certains diront que j’ai vieille — ce qui est absolument vrai — et que je suis devenu un petit bourgeois casanier. Il y a certainement un peu de tout ça dans ma façon actuelle de vivre. Pourtant je trouve autant de richesse à marcher lentement au soleil dans un paysage inconnu qu’à monter en courant le versant abrupt d’un volcan. Et ce n’est pas une question de forme physique car, comme le savent mes amis, je peux encore marcher, pédaler et nager assez longtemps : j’ai la chance que non seulement mon corps accepte et résiste mais, bien plus, qu’il l’exige. Que raconter alors dans ces presque riens non spectaculaires ? Faire un roman de riens : je n’ai pas ce génie là… Seule la poésie peut-être… Et encore…

Aujourd’hui, temps hésitant, j’ai marché, longtemps dans des rues inconnues et la chance m’a fait découvrir, pourtant, presque au cœur de la ville un minuscule quartier qui semble n’avoir pas bougé depuis plus d’un siècle avec sa petite maison et son église en bois. Puis je suis reparti vers ma piscine où, non seulement je n’ai pas, cette fois-ci, perdu le maillot que je viens d’acheter, mais où j’ai retrouvé celui que j’avais perdu la première fois. Ne me manque plus que le deuxième. Peut-être est-il déjà parti à Paris. Aimeriez-vous les aventures d’un maillot de bain ?