Tout le jour le temps s’est joué de l’invétéré piéton que je suis alternant sans cesse fortes pluies, averses de grêle, moments ensoleillés. Heureusement j’avais emporté à Stockholm la veste cirée de marin que je m’étais achetée à Belle île en mer. Il y a en effet quelque chose de breton dans ce temps qui en quelques secondes passe de l’été à l’hiver et nous laisse sous une menace constante.

Quoi qu’il en soit, il fallait que j’achète un nouveau maillot donc direction la rue commerçante centrale car, ici, les magasins sont ouverts le dimanche. Je suis donc allé au grand magasin Adidas qui, entre autres choses, vend des maillots de bain et, surprise, j’y ai trouvé soldés les modèles que je désespérais de trouver : des slips de bain, en voie de disparition partout, mais dont il restait quelques exemplaires dont, chance, un à ma taille. Puis comme j’étais au centre, je suis allé à la place Hötorget toute proche mais là, surprise, les halles sont fermées le dimanche et donc la terrasse où j’aime prendre un café et lire quand il y a du soleil. Par contre, autre surprise, la place était presque entièrement occupée par des brocantes. J’y ai cherché des livres mais rien, bien sûr. J’ai cependant failli acheter un petit paysage allemand de la fin du dix neuvième siècle, bien encadré et vendu un prix dérisoire mais… il ne rentrait pas dans mon sac à dos et je n’ai pas voulu m’encombrer pour mon retour Nouvelle marche nez en l’air, sous la pluie, enfermé dans la capuche de ma veste. Et dans Drottningsgatan, je découvre les bains centraux dont on m’avait déjà parlé et dont, paraît-il l’intérieur est magnifique. En tous cas l’extérieur est splendide. J’ai bien un maillot mais ni bonnet ni lunettes. Je n’entre donc pas. Puis, autre surprise, plus haut dans la même rue, je tombe sur une boutique de livres anciens qui, ainsi que je le pensais, possède un beau rayon de livres français du XVIII ème siècle et du début du XIX ème. Il y a une édition du Daphnis et Chloé, de la fin du dix septième, mais à 180 euros, elle est trop chère et je ne sais pas marchander en suédois. Il y a aussi une édition de Voltaire en 36 volumes : un peu encombrant pour ma valise. Je n’achèterai donc rien…

J’essaie de rôder encore au hasard dans des rues mais la pluie est trop forte. Je me résigne à aller visiter le Palais Royal. Pour 16 € l’entrée, il n’y a rien d’intéressant à voir, j’ai l’impression d’être dans une grande brocante pompière. Certes il y a des salles immenses, des plafonds à huit ou dix mètres, des kilomètres de portraits de divers membres de la famille royale faits par des peintres sans génie, des bustes, des fauteuils, des chaises, un trône sur lequel, paraît-il, une reine donnait ses audiences. Il est si doré, si tarabiscoté que l’on dirait qu’il était destiné à un dictateur africain se voulant empereur. Même la chapelle royale est sans charme mais au moins on peut s’y asseoir et même y faire une petite sieste. Bref, excepté un beau marbre représentant Junon et Jupiter, je n’ai pas du tout aimé alors que j’adore par exemple les équilibres parfaits du château de Fontainebleau. On dirait un Versailles loupé. Déjà, de l’extérieur, je le trouvais horrible. Comment peut-on vivre là-dedans ?