En fait je me demande bien pourquoi les deux amis qui m’ont demandé de tenir ce journal m’ont demandé de le faire. En quoi peut les intéresser de savoir qu’hier soir j’ai mangé un plat de spaghetti « ai frutti di mare » chez l’italien en bas de mon immeuble qui n’est pas un génie de la cuisine. Ce n’est pas tous les jours que la vie offre des événements dramatiques ou cocasses dignes de passer à la postérité. Reste le contact car l’amitié se nourrit de contact, peut-être donc… Je privilégierai cependant, pour l’instant, le contact direct et réel de ces deux autres amis suisses qui viennent ici exprès pour me voir et qui m’ont suivi dans presque toutes mes villes. Ils arrivent demain…

Aujourd’hui le temps a décidé de se remettre au beau, il a un peu hésité toute la journée, quelques nuages le perturbant de ci de là. Mais dans l’ensemble, c’est le soleil, et la chaleur, qui ont eu gain de cause. Donc promenades comme l’exigent mes routines. Le matin, vers 10 heures, après avoir travaillé trois ou quatre heures pour Erika et pris mon double expresso dans le bar voisin, je suis allé promener sur le Nort Malarstrand, il y avait déjà beaucoup de monde et les joggeurs habituels. J’ai contemplé le léger mouvement de l’eau dans les branches de ces curieux arbres qui poussent presque tous, sur toutes les berges, à l’horizontale. Une autre façon de faire le vide et de méditer, de déguster la légèreté du temps qui passe insensible comme une brise très légère. Puis, déjà bien rassasié de soleil, je suis allé à ma piscine étrenner mon nouveau maillot. Je nage lentement, très lentement même si je me compare aux vikings tatoués du gros orteil aux cheveux qui enchaînent les allers-retour dans le couloir à côté du mien mais assez vite cependant pour que la plupart des personnes du troisième ou quatrième âge respectent ma rangée : deux kilomètres, une heure. Après j’en ai marre.

Donc je ressors au soleil et pars sans but, au hasard des rues vers Vasastaden. Il y a toujours des moments, des choses à voir, ne serait-ce qu’essayer d’interpréter comment fonctionnent cette langue suédoise dont je crois comprendre environ un mot sur dix en faisant appel au français mais surtout à l’allemand et à l’anglais. Et, vérifications faites, ça fonctionne. Ça ne me fait pas comprendre grand chose mais ça me permet de penser que je pourrais, avec un peu d’effort, comprendre le suédois écrit car pour le parler, c’est autre chose, je ne comprends strictement rien.

Ou encore, regarder pendant un bon quart d’heure le chien à qui sa maîtresse apprend, avec un certain succès, à faire du skate. Je trouve cette ville assez monotone avec peu de chose qui dérange ses lignes. Elle est très propre, très bien entretenue, on dirait que tous ses bâtiments sont neufs mais, à part un peu Gamla Stan et Riddar Holmen, rien à signaler à l’œil avide du touriste. Je l’ai déjà dit, mais vu le nombre de mes lecteurs, je peux me répéter, son charme n’est pas là mais, du moins dans les quartiers que pour l’instant j’ai traversé, une impression de confort tranquille et de paix. Peut-être est-ce différent en hiver car en ce moment les suédois sont beaucoup dehors. Je ne reviendrai pas vérifier.