Dernier jour, le terrible « plus jamais » ! Il est vrai que chaque jour ou presque, nous faisons des choses que nous ne ferons plus jamais. Mais il y a dans le fait de quitter pour toujours une ville où l’on a vécu assez longtemps pour s’y sentir bien un caractère définitif plus fort que, par exemple, ne plus jamais vouloir faire tel ou tel plat. Ici, le plus jamais prend un caractère d’autant plus inexorable qu’il est volontaire : je ne reviendrai plus jamais à Naples comme je ne reviendrai plus jamais à Lisbonne, Séville, Rome, Vienne, Madrid, Palerme… D’autres villes attendent.

Aujourd’hui j’ai donc décidé de ne rien faire de spécial, simplement rôder une dernière fois dans la vieille ville, au hasard, à l’aventure sachant que se présentera toujours quelque chose d’imprévu : une église ouverte alors que jusque là elle était fermée, une classe d’enfants déguisés en personnages de la crèche, une rue où je n’étais pas encore passée… Rien de très intéressant. Parlons d’autre chose :

Deux choses inévitables à Naples : les crèches et la fameuse rue des preseppi, une des plus touristiques avec ses personnages de toutes tailles, de toutes couleurs, animés ou non. J’avais déjà constaté ailleurs dans les villes italiennes, l’amour des familles pour les crèches. Ici ça relève d’une religion spéciale, il y en a partout y compris dans les musées. Difficile d’y échapper. Autre inévitable, le baba au rhum qui semble être une spécialité napolitaine tant les pâtisseries en proposent avec ou sans crème. Il est vrai que la pâtisserie italienne, dans son ensemble, est médiocre et relève plutôt du gâteau sec que de cet art bien français.

Et puisque j’ai commencé de parler nourriture, j’ai mangé tous les jours dans un restaurant différent. Là encore je ne suis pas allé dans un restaurant recommandé par les guides touristiques pour la bonne raison qu’il n’y en a que trois ou quatre et qu’ils sont tous loin du centre ville et, comme je ne mange jamais à midi (a pranzo), je n’ai pas eu envie de faire encore des marches de trois quart d’heures ou d’une heure, et autant au retour, pour aller manger. Bien sûr il y a des taxis mais je ne peux m’empêcher de penser qu’en prendre un relève d’une certaine paresse. En résumé, on mange correctement à peu près partout, comme d’ailleurs dans toute l’Italie mais les cartes sont réduites : pâtes (souvent excellentes), pizze (parfois excellentes), poisson au grill car pour le reste, à mon goût, ils le font trop cuire. Je dois quand même avouer que j'ai mangé au Annare, Piazza del Gesu, un filet de thon minsucule mais parfaitement cuit. Je trouve ainsi qu’ils massacrent la morue, un de mes plats préférés. Généralement ils proposent de la Spada, de l’espadon que j’apprécie très modérément. Ma meilleure pizza, pâte très fine, bien garnie au Partenope via dei Librai, près de la statue du Nil, mes deux meilleurs restaurants, tous deux sur la Piazza Dante, le 53 d’abord mais je n’y ai pas toujours trouvé de place et O’Cerriglio beaucoup plus « familial » et italien mais avec une cuisine fiable.