Depuis hier il fait beau et chaud subitement, j’ai même dû m’acheter un chapeau de paille pour résister à la violence d’Hélios. Hier je suis allé à Herculanum, assez déçu par la visite : il ne faut pas avoir visité Pompéi pour être satisfait d’Herculanum qui était manifestement une petite ville divisée en quatre quartiers et n’offrant que peu de vestiges intéressants. Une bonne heure suffit.

Aujourd’hui je me suis encore promené dans les rues de Naples, de la via Duomo au Pausilippe en passant par les hauteurs, six ou sept kilomètres de marche aller, autant retour, une bonne journée. Je sens que j’entre dans la phase que j’ai vécu à chacun de mes séjours, l’impression soudain que je pourrais être chez moi parce que déjà des habitudes se sont installées, parce que je deviens familier des lieux et que rien, ou presque, ne m’étonne plus. Bien sûr, je ne suis pas allé dans tous les quartiers, notamment dans le quartier de Scampia où est situé le film Gommora. Mais j’en ai parcouru au moins sept sur douze. On y retrouve des caractéristiques communes : le rapport qu’entretiennent les napolitains avec les voitures qui peuvent être garées n’importe où, y compris sur des escaliers, les crottes de chien que personne ne ramasse y compris dans les quartiers bourgeois, le rapport étrange aux interdictions qui se manifeste partout par des affiches manuelles disant diverses choses comme il na faut pas jeter les écoles ici, c’est devant une école, ou attention cette rue est sous surveillance vidéo et vous serez dénoncés, sans aucun effet ; la multiplicité des autels à tel ou tel personnages religieux : dans certaines rues il y en a tous les dix mètres ; les annonces de décès placardées sur les murs et qui sont ici des affiches de taille importante ; l’affichage par des objets rappelant l’enfance de la naissance de telle fille ou garçon ; l’omniprésence des scooters qui vont le plus vite possible. Mais ce sont quand même les petites rues des quatre ou cinq quartiers centraux qui sont particulières par l’accumulation de particularités notamment les linges qui sèchent au-dessus de la rue ou même, sur de petits séchoirs à même la rue étalant aux yeux de tous les draps et les slips ; ou encore les appartements minuscules des rez-de-chaussée largement ouverts au public, certains même s’étant accaparé d’un morceau de rue, déjà naturellement très étroite, pour construire quelque chose comme une terrasse extérieure et donc une vie à demi intérieure, à demi extérieure. Remarquable également le rapport aux ordures : il y a des poubelles municipales qui débordent et dont je n’ai pas pu voir quand elles étaient vidées, apparemment peu souvent, et partout des dépôts sauvages d’objets et de matériaux divers qui semblent ne gêner personne avec souvent des enfants qui jouent avec et dans tout ça car, il semble qu’ici, les habitants ont des rapports assez proches entre eux, se parlant de balcon à balcon, de balcon à rue et faisant descendre pour que quelqu’un aille faire des courses, des paniers remontés ensuite dans les appartements par des cordes. Un côté collectif méditerranéen qui n’est pas désagréable.