Dieu est un vaste sujet et je ne prétends pas à moi seul, athée comme un taureau, à apporter ici la vérité. Non, je veux simplement dire qu’ici, en Italie, et à Naples comme dans d’autres villes où j’ai pu résider, on n’y échappe pas, même l’épicier du coin avec qui je plaisantais parce qu’il réussit à m’imposer un sac plastique alors que je lui disais que je n’en avais pas besoin (pauvre méditerranée, ici ces sacs sévissent dans tous les commerces) et finissant par accepter pour ne pas lui fâcher en lui disant que c’était lui le patron n’a pu s’empêcher de me rectifier en montrant le plafond de sa boutique en disant « c’est lui le patron ». Dieu arrive ainsi très vite au détour des conversations les plus banales. Et Naples est, comme Palerme ou Rome une ville où, dans la vieille ville un immeuble sur trois est une énorme église même si la plus grande partie est fermée, en très mauvais état et souvent très quelconque. Il y a quand même quelques merveilles. Pour l’instant j’en ai vu quatre qu’il faut absolument voir pour des raisons très différentes : Sainte Clara et Sainte Restitute dont j’ai déjà parlé mais aussi Pio Monte de la Misericordia pour son Caravaggio et sa galerie d’art qui permet de visiter les anciens appartements dont les occupants pouvaient assister à la messe en ouvrant seulement une fenêtre interne donnant directement sur le chœur de l’église, mais également et surtout Donnaregina et particulièrement Donaregina Vecchia qui renferme un grand ensemble merveilleux de fresques du XIV ème siècle dans un très bel état de conservation. Dieu est donc partout, dans les échanges les plus ordinaires, dans les rues qui présentent de nombreux autels populaires la plupart consacrés à la Vierge Marie et dans les bâtiments. En plus, aujourd’hui, le 5 mai est le jour de la San Genaro (saint Janvier), le grand saint patron de Naples dont le sang contenu dans deux petites ampoules de verre est censé renouveler trois fois par an, dont le premier samedi de mai, le miracle de sa liquéfaction. En ce jour, à 17 heures démarre une très grande procession qui parcourt une grande partie des rues de la vieille ville pour rejoindre Santa Chiara. El il y a foule, petite musique militaire en tête puis défilé de grands bustes en argent de San Genaro, bien sûr, mais aussi d’autres personnages portés par diverses congrégations qui, pour l’occasion, arborent leurs costumes et leurs bannières. Et ça chante et ça alleluye à pleine voix. Autant dire que vue l’étroitesse des rues, la ville est paralysée. Mais bon, voir ça en touriste, avec un certain détachement devant ces ferveurs populaires n’est pas désagréable et puis si leurs prières pouvaient faire revenir un soleil très évanescent, je ne cracherais pas dessus. On peut toujours rêver que la foi sincère serve à quelque chose. Pour l’instant, je reste dubitatif…