Aujourd’hui la ville et moi sommes tristes, il a plu tout le jour, avec de petites éclaircies et de plus le vent était glacial. Le temps n’a commencé à se radoucir que vers dix sept heures. Autant dire que ce n’était pas un jour à mettre un touriste dehors. Pourtant mon « studio » est si petit que je ne peux imaginer y rester enfermé une journée entière. Je suis donc sorti et j’ai repris mes habitudes de marche, allant d’abord au nord de la Gran Via dans des quartiers où je n’étais pas encore allé le long de la rue très commerçante de Fuencarral puis, arrivant devant le Musée de Historia de Madrid, comme il pleuvait et que mes chaussures commençaient à être mouillées, j’y suis entrée pour le visiter : c’était bien ce à quoi je m’attendais, des tableaux corrects sans plus peignant la ville à diverses époques (il y avait quand même le célèbre et beau portrait de Philippe IV par Vélasquez), quelques maquettes, quelques objets… Ce n’était pas très passionnant et je n’y ai pas appris grand chose. Je suis quand même resté ainsi une heure à l’abri de la pluie.

Retour par des petites rues sans grand intérêt si ce n’est ici et là une place avec terrasse — mais aujourd’hui tout le monde est à l’intérieur — vers la Gran Via, marche erratique dans les petites rues vers la place San André où je voulais revoir une vidéo du Muséo de los origenes, puis nouvelle errance dans d’autres petites rues qui ressemblent à d’autres petites rues qui ressemblent à d’autres petites rues… avec de ci de là une perspective ou un jardin. Ceci m’amène Calle de los embajadores où, le dimanche, se tient le Rastro un grand marché de tout et n’importe quoi où il y a foule, je me demande bien pourquoi. Et là, surprise, au bas de la rue, je tombe sur une immense usine de tabac désaffectée : la Tabacalera. Elle est divisée en deux parties, une, ouverte, est réservée à des expositions officielles d’art contemporain  avec quelques travaux intéressants, j’ai bien aimé notamment Memento Mori de Lucia Vallejo Garay, une quantité de momies surmontant autant de suaires dorés, un ensemble très visuel bien en accord avec le lieu mais aussi un beau travail sur la mémoire ouvrière d’un artiste dont stupidement je n’ai pas noté le nom jouant avec des portraits, des cartes de pointage et autres objets ayant marqué la condition ouvrière. La seconde partie de la Tabacalera n’est normalement pas ouverte, mais il suffit de pousser la porte et de plus, elle ouvre généralement en fin de journée est plus proche d’un squat artistique, elle propose des expositions moins officielles, de nombreux graffitis, un jardin en accès libre et divers ateliers : danse, photographie, radio, etc. IL est très facile d’y trouver quelqu’un avec qui discuter. En tous cas ce lieu est, presque, à l’abri de la pluie.

Retour par des petites rues vers la Casa Incendida, non que j’ai voulu y revoir quoi que ce soit, mais pour aller à la cafeteria boire un café. C’est très jeune cadre dynamique et artistes et cette ambiance convient bien au grand âge que je feins parfois d’oublier même si lui ne m’oublie pas.