Pour faire plaisir à mes amis, je ne vais pas me faire à nouveau enfermer dans des chiottes avec une lime à ongles, même pas avec des ciseaux. À la rigueur un tournevis. Ça changerait tout. Leur plaisir à apprendre ma mésaventure me pose quelques questions…

Aujourd’hui, pas d’autre aventure ubuesque, je me suis contenté, à mon habitude d’avoir l’extrême plaisir de marcher dans les rues sous un ciel uniformément bleu, un ciel à ne pas croire, et je me contenterai de parler du quartier où est amarré ma cabine.

Lavapiès, viendrait paraît-il d’une fontaine aujourd’hui disparue où l’on venait faire des ablutions rituelles des mains et des pieds avant d’entrer dans un temple juif dont il ne reste pas de traces. C’est aujourd’hui un quartier bobo, multiculturel, phénomène qui me semble assez européen si j’en juge par les diverses villes où j’ai résidé. Quartier pauvre, déshérité où sont d’abord venus s’installer quantité d’immigrés avant que les prix de l’immobilier n’attirent des jeunes couples plus fortunés et entament sa gentrification. On en est là : les boutiques les plus diverses avec quand même une abondance de marchands de fruits et légumes et de petit électronique sont tenues par des indiens, des chinois, des noirs, des marocains, des tunisiens, etc… Et cela entraîne également un foisonnement culinaire des cuisines les plus exotiques qui côtoient les bars à tapas, les brasseries et les cafés bios ou végétaliens dans la plus parfaite harmonie. La rue Lavapiès, par exemple, est spécialisée dans les cuisines d’origine indiennes. De nombreuses petites places avec des terrasses accentuent la mixité, des enfants jouent dans toutes les langues. Les commerces ne ferment pratiquement jamais, le grand Carrefour de la place Lavapiès face au théâtre national est ainsi ouvert vingt quatre heures sur vingt quatre et, dès que la chaleur baisse, les terrasses sont pleines d’une foule jeune accompagnée de marmaille. D’où une atmosphère très sympathique, si j’étais assez naïf pour vraiment y croire, je dirais l’image d’une mondialisation heureuse. Mais je ne me fais pas vraiment d’illusion, si tout se passe apparemment bien, ce sont quand même essentiellement les couples espagnols qui consomment. Un point encore qui m’a surpris dans une Espagne considérée comme très catholique, il y a, dans ce quartier très peu d’églises. Il paraitrait que les anarchistes du CNT, au début de la guerre civile, en auraient détruit la plupart. Seule une ruine, place Agustin Lara, en atteste. Pour le reste, tout aurait été rasé après la victoire franquiste.

 

Autre information qui n’intéressera que mes deux amis : j’ai trouvé une belle piscine olympique à un kilomètre de ma cabine. De plus, ici, on aime les vieux, au-dessus de soixante cinq ans l’entrée est à 1,5 euros et… celle des musées est gratuite : je peux donc cultiver esprit et corps. Intéressant non ?