Ce journal est un écrit hybride car il se veut à la fois une relation de mon séjour à Rome, donc un récit plutôt intimiste et qui, comme tel, ne peut intéresser que ma famille et mes amis, mais aussi une description de cette ville vue par un étranger et, comme tel susceptible, d’intéresser au-delà de ce premier cercle. Mon Journal de Lisbonne est une bonne démonstration de cette ambiguïté qui, avec plus de 6000 lecteurs, et régulièrement de 4 à 10 par jour, va bien au-delà de mes familiers. Que dire donc de Rome qui pourrait intéresser tout le monde ? L’impression qui, pour moi, est dominante est celle d’un vaste recyclage de matériaux (peut-être est-ce pour cela qu’il faut ici six poubelles différentes ?…) : cette ville n’en finit pas de recycler les matériaux de son antiquité. Deux excellents exemples en sont le théâtre de Marcellus sur lequel ont été construites des habitations plus récentes et celui de la petite église à côté de ce théâtre dont les deux murs externes sont deux murs de temples romains. Nombreuses sont ainsi les maisons ordinaires qui recyclent des pierres antiques, depuis de simples blocs jusqu’à de véritables fresques et l’église n’a jamais été en reste qui a récupéré nombre de marbres antiques comme cette bocca della verita dont je parlais hier. Il y a donc plusieurs Rome, toutes traversées d’une façon ou d’une autre par l’antiquité et la muraille d’Aurélien sert de support à quantité de bâtiments plus récents, il suffit de se promener pour cela du côté de la gare, la station Termini, pour s’en rendre compte. Cette constatation implique deux comportements touristiques très différents. Le premier, le plus pratiqué consiste, faute de temps ou de curiosité, à se précipiter sur les lieux touristiques — et il n’en manque pas — qui mérite tous leur réputation mais sont saturés de visiteurs. Le second implique de se laisser porter par la ville, de la pratiquer au hasard, en dilettante et d’accepter de tomber ici ou là sur des curiosités bien intéressantes. C’est ainsi qu’aujourd’hui, voulant aller à l’EUR mais ayant échoué à cause des mauvaises informations du métro (ne comptez pas avoir des renseignements, il n’y a aucun employé dans les stations) j’ai échoué place sur la Via Appia moderne qui m’a donné envie d’aller voir la Via Appia antiqua et donc m’a, naturellement, amené à la Porta Sebastiano  qui ouvre sur cette voie célèbre. J’ai alors découvert, car c’est très peu dit dans les guides, que cette porte était le Museo della Mura. Très intéressant car c’est le seul lieu où on peut pénétrer à l’intérieur de la muraille Aurélienne et en mesurer la complexité et la qualité architecturale. Je me suis promené assez longuement dans cette muraille avec des points de vue étonnants tant vers l’intérieur de la ville que vers l’extérieur. De plus on peut accéder à une des terrasses d’une des deux tours d’où l’on a une vue magnifique sur la ville et la quantité de verdure qui la cerne. De plus il n’y a personne. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cela que la visite est gratuite. Mais c’est bien agréable. En rentrant ensuite en ville après une assez longue marche, je suis passé, par hasard, par la fontaine de Trevi. Indéniablement splendide et que j’ai déjà photographiée cent fois dans le passé. Mais, quelle catastrophe, il n’y a pas autour un centimètre de libres et les photographes se marchent les uns sur les autres pour essayer de n’avoir personne dans son objectif. Les selfies occupent l’espace. Peut-être à cinq heures du matin mais j’en doute.