Jeudi 15 septembre 2016

Départ de Paris sous la pluie, arrivée à Rome sous la pluie. Si l’Europe ne parvient pas à faire son unité politique, la météo s’en charge. Je retrouve ici ce que j’ai essayé de fuir en quittant le sud de la France, une chaleur humide, moite qui colle les vêtements à la peau dont tous les pores sécrètent quelque chose comme une colle : dès que l’on pose la main, le bras, le dos, sur quoi que ce soit, ils y adhèrent, impression désagréable de perte d’autonomie. Je n’ai peut-être pas choisi la bonne période mais l’expérience des voyages m’a appris que la première impression est rarement la bonne.

Je connais Rome où je suis venu plusieurs fois, mais comme la plupart de ses visiteurs, je n’en connais que le centre. Cette fois-ci, j’ai décidé de vivre « là où vivent les romains » : pure utopie bien sûr puisque elle se fonde sur une idée hors lieu des italiens, mais ce sont ces utopies, ces imaginaires qui, confrontés aux évidentes résistances du réel qui me font tenir debout, car ces affrontements, ces petites contradictions du quotidien me tiennent l’esprit en éveil. J’ai donc choisi un appartement à la périphérie de Rome, à environ six kilomètres du centre, quelque chose — pour ceux qui connaissent Paris — comme Romainville ou Ivry-sur-Seine. Je n’ai pas été déçu, une enfilade sans fin de petits immeubles cubiques de cinq ou six étages, aux fenêtres presque carrés, presque tous identiques les différences venant de la présence ou non de balcons, donc de plantes vertes, de la nuance d’ocre qui crépit les murs et de la présence ou non de parements de briques. On dirait qu’il n’y a eu qu’un seul architecte pour la construction de cet immense quartier de Centocelle où Google map ne trouve ni restaurant, ni centre commercial, ni lieux « dignes d’intérêt ». L’appartement que j’ai loué est grand, trop grand pour moi seul : chambre, salle à manger, cuisine, salle de bains, deux balcons… chaque piève faisant au moins vingt mètres carré. C’est un appartement de grands parents, meublé un peu vieillot mais bien équipé et confortable. Seule la télé est immense et moderne avec ses lecteurs de DVD et son système audio performant. Il y a en plus une bonne trentaine de DVD et de disques musicaux. Bien sûr je n’ai pas encore regardé tout ça, mais ça donne une idée des anciens occupants des lieux. Un héritage vraisemblablement vu l’âge de l’actuel propriétaire, un ingénieur en mécanique, qui m’a dit en posséder deux et avoir arrêté de travailler pour s’occuper de leur location. De la rue monte les sons habituels des villes italiennes : voix d’enfants, discussions de mamies, bruit assez lointain de voiture. On pourrait se croire dans un film néoréaliste. Il est bien placé, à cinquante mètres du terminal de la ligne 5 du tram qui m’emmène en 30 minutes à la gare centrale de Rome. J’ai donc déjà cherché un abonnement de transport d’un mois : assez compliqué car on n’en trouve pas dans le quartier, il faut aller au bureau central des bus : foule, queue, ticket d’attente… j’ai renoncé et, de toutes façons, l’abonnement d’un mois ne fonctionne que pour les mois pleins et donc pas du 15 au 15. Je vais jongler avec les tickets uniques, les tickets journée et ceux semaine. C’est à peu près le même prix qu’en France.

Donc, comme d’habitude, je m’installe commençant à « sentir » le quartier par la marche au hasard de ses rues, puis j’irai voir les marchés, supermarchés et chercherait, comme d’habitude, une piscine. Il y a, pas trop loin, un American Sporting Club, avec piscine. À suivre…