Mercredi 20 avril 2016

Aujourd’hui, journée de riens. Il faisait très beau mais toujours le même vent glacial qui semble venir tout droit des glaciers des Alpes et qui interdit toute tenue allégée. De plus, comme la nature est mal faite et que c’est la saison des pollens, Elfriede a attrapé une extinction de voix et moi un orgelet. Il paraît pourtant que je suis allergique à rien… Passons.

Ce matin donc, le mieux était encore la piscine : la température y est égale et on est à l’abri des pollens. Elle est vraiment géniale, très moderne et intelligemment conçue. Les cabines pour se changer ont le double de taille des piscines parisiennes et faites de façon que l’on n’ait pas à se déchausser avant d’y accéder. très pratique quand on ressort. On n’a pas besoin non plus ni de pièce, ne de jeton, ni de cadenas pour les casiers, un jeton est automatiquement attribué avec la carte d’accès et on ne peut sortir sans le remettre dans la machine. Rien que des petites choses comme ça qui font la différence. De plus, ici, on peut se baigner avec un short, ce qui est interdit en France et on voit même des femmes — plutôt jeunes en général — en burqua de bain complète. Je me demande bien quel plaisir elles ont à nager ainsi mais, ça les regarde.

Donc, piscine faite, je repars à pied vers le centre ville en cherchant les rues où le vent ne passe pas. Il y en a. Une bonne heure de marche avant d’arriver au Hofburg, un immense palais d’où on ne finit pas de sortir et où la queue la plus importante est devant le musée de Sissi. presque un Disneyland mais bon, il faut bien capter l’argent du bon peuple pour construire de tels palais. En fait, vu le temps, je voulais simplement aller à l’Albertina, musée spécialisé dans les dessins et gravures mais qui présente aussi des expositions temporaires, avec ma carte senior, l’entrée est à six euros, donc très abordable mais… je n’y suis pas allé. Je me refuse d’entrer dans les musées où je ne peux pas photographier. Avec les photographies je me constitue une mémoire personnelle que j’utilise dans telle ou telle création ou qui tourne sur mes écrans or je ne suis pas intéressé par les œuvres majeures que l’on retrouve partout, notamment sur internet, mais surtout par telle ou telle œuvre qui, pour des raisons que je ne m’explique pas toujours, me parle particulièrement et qui sont très rarement reproduites. Tout musée où je ne peux photographier est donc pour moi un lieu de frustration permanente et je n’ai plus le temps pour ça.

Donc retour à la ville et, comme je suis un peu fatigué, je vais à une de mes deux terrasses préférées, en ville, celle du très luxueux grand hôtel. Elle est, ce que l’on appelait dans ma Lozère de naissance, un cagnard ensoleillé à l’abri du vent. On y est magnifiquement accueilli et servi avec la juste distance nécessaire même, en ce qui me concerne, pour une petite bouteille d’eau minérale. J’y passe du temps à lire le journal — ils en ont un grand choix — et à regarder passer les groupes scolaires qui font des sorties en vélo. Bien sûr c’est le double de mon autre terrasse, celle du café turc de la Taborstrasse, dans mon quartier où l’accueil est plus chaleureux depuis que j’y retourne, mais le double de rien reste quand même rien… J’avoue trouver un plaisir certain à pouvoir vivre des lieux et des moments aussi différents. Tout le temps du luxe m’ennuierait autant que tout le temps l’absence de luxe. Le luxe n’est-il pas justement dans la possibilité de décider librement de ce qui, à un moment donné peut se définir comme luxe ?