V_Palerme

Lundi 9 novembre 2015

Le dernier jour est toujours pour moi redoutable : j’y suis entre deux temps, celui immobile du séjour étranger et celui qui s’agite de la vie à Paris ou à Fontainebleau. Cet entre deux me démotive complètement, je n’ai plus envie de faire quoi que ce soit, un espèce « d’à quoi bon » démoralisant qui me cloue dans mon appartement comme une des momies de la catacombe des capucins. Généralement je l’atténue en allant nager mais, ici, impossible, je n’ai pu obtenir que cinq billets d’entrée car sinon il me fallait fournir un certificat d’un médecin italien/ C’est étrange, mais c’est ainsi.

Bien sûr à mon retour en France je retrouverai avec grand plaisir ma famille et mes amis, de temps en temps, et je m’y sens si peu indispensable… Je crains d’avoir eu une vie trop active et, comme tant d’autres que je connais, j’ai encore du mal à me faire à l’idée que cette période est terminée alors même que, quand je la vivais, je ne cessai de réclamer du temps pour moi. J’ai donc traîné tout le jour, passant d’une terrasse de café à l’autre pour profiter encore un peu du soleil, ancrer en moi les sensations positives que cette ville m’a offertes, recharger mes souvenirs. Pour la même raison je suis retourné hier soir au restaurant Gusti di Sicilia, celui qui m’avait étonné avec son calamar aux truffes. Trop copieux, je n’y ai pris qu’un plat : des pâtes dont j’ai déjà oublié le nom mais à la poutargue et aux pignons de pain. Excellent. Je recommande vraiment ce restaurant qui fait des plats rares avec très peu de choses. Ce soir je vais en essayer un nouveau car d’une part je ne peux guère cuisiner dans l’appartement du senor Rossi et, d’autre part, je ne veux pas m’enfermer dans cette espèce de nostalgie rampante qui accompagne tous mes départs. Il y a en effet quelque chose de terrible dans l’expression « plus jamais ». Plus jamais je ne reviendrai à Palerme comme je ne reviendrai plus jamais à Lisbonne ni à Séville. Le côté positif de la situation c’est que comme les apprentis compagnons d’autrefois, je continue avec obstination mon tour d’Europe ou plus exactement des pays à moins de trois heures d’avion de Paris car je ne supporte plus les longs trajets en classe économique et comme je ne peux pas m’offrir les autres… Je réfléchis déjà à mon prochain séjour et, n'étant pas à un paradoxe près, j’ai envie d’essayer une ville du Nord. J’élimine Amsterdam que je connais trop bien, Londres, ville que j’aime bien, où je n’ai jamais vécu mais dont les appartements en centre ville sont inabordables or vivre en banlieue ne me permet pas de vivre la ville pleinement quelle que soit l’heure. Je serai assez tenté par Bruxelles, Vienne, Budapest ou Berlin. Mais pourquoi pas aussi Bucarest, Madrid, Hambourg, Varsovie, Münich, Prague, Birmingham, Stockholm ou Athènes. Je cherche toujours en effet des villes entre cinq cent mille et un million d’habitants car elles offrent un ensemble de possibilités de toutes sortes et dans tous les domaines qui me convient parfaitement. Ce n’est pas le choix qui manque, rien qu’en Europe il y en a près de soixante dont une part que je ne connais pas du tout, à raison de deux voyages par an, je pourrais encore tenir mon pari trente ans. C’est pour le moins présomptueux.