V_Palerme

 

Jeudi 5 novembre 2015

Plus que cinq jours à passer à Palerme. Cette ville, l’atmosphère de cette ville va me manquer mais c’est le défi que je me suis fixé pour le temps qui me reste à vivre : changer sans cesse, renoncer à se fixer même si certains lieux provoquent un fort attachement. La mère de l’appartement voisin hurle encore après son fils ou sa fille, en tous cas un enfant (peut-être un garçon) pleurniche, quelqu’un tape sur de la ferraille, des hommes discutent dans la rue. Atmosphère palermitaine…

Ce matin je suis parti assez tôt. Chaque fois que j’ai pris le train, il y avait comme étape Bagheria à environ 20 minutes de Palerme m’intriguait parce que montaient ou descendaient des dizaines de jeunes bousculant tout le monde pour s’installer dans le train. J’ai donc pensé que ça devait être une ville jeune. Après m’être renseigné sur Internet, j’y suis allé. D’après les articles que j’ai lus, c’était aux dix sept et dix huitième siècle une ville de villas, c’est-à-dire de résidences d’été aristocratiques un peu à l’écart de la mer, il y avait même le nom de plusieurs d’entre elles, tous des noms de princes siciliens. Certaines sont des musées, d’autres transformées en hôtel, en bibliothèque ou en maison de retraite, d’autres en très mauvais état. La première sur laquelle je suis tombé par hasard car elle est dans une petite rue proche de la gare, est la villa Aragona qui est la bibliothèque. J’y suis allé. Apparemment elle ne se visitait pas. J’ai demandé au concierge et, à ma grande surprise, il est allé chercher des clefs je ne sais où et m’a ouvert tout l’étage noble dont les pièces étaient devenues des entrepôts ou des salles de réunion mais qui gardaient sur leurs plafonds quelques belles fresques. Puis j’ai demandé la villa Palagonia, d’après le concierge c’était très loin et il m’a fait comprendre qu’à pied c’était impossible. Ça m’arrive souvent ici où les gens ne marchent pas ou, semble-t-il, peu. Dès qu’on dépasse les dix minutes de marche, ils ont l’impression que c’est le bout du monde.

En fait une bonne demi-heure et, à l’arrivée, une surprise absolue. Créée par un le prince de Palagonia (une ville au sud de la Sicile) en 1715 c’est à la fois une magnifique demeure qui, si l’on en croit la distance entre le premier portail et la villa elle-même devait être édifiée dans un parc gigantesque aujourd’hui presque entièrement bâti, et un rêve dans le style de celui du facteur Cheval, mais un facteur Cheval multimillionnaire, Fernando Gravina, septième prince de Palagonia, et qui aurait pu faire édifier ses délires en marbre de diverses couleurs. Cette villa dont l’intérieur conserve de très luxueux restes, notamment toute une batterie de bustes en marbre assez étranges mais qui pourraient quand même être des ancêtres et qui a l’air de se dégrader assez vite est entourée d’une muraille sur les faîtes desquelles se déploient un cortège serré de dizaines monstres en pierres. J’y ai passé plus d’une heure. Retour à la gare avec un coup d’œil à la villa Trabia inaccessible mais assez belle.

Confirmation : Bagheria est une ville pleine de jeunes, dont les deux rues principales sont assez coquettes. Le temps était moyen : je n’ai pas pris le bus qui m’aurait amené à la plage à six kilomètres du centre. Une autre fois peut-être si le soleil redevient engageant avant mon départ.