V_Palerme

Lundi 2 novembre 2015

Certaines villes, par leur emplacement, leur climat semblent bénies des dieux. Agrigente me semble en faire partie. Et la mafia ne s’y est pas trompé : la télévision annonçait aujourd’hui l’arrestations de 22 maffiosi dans cette ville. Deux heures de train depuis Palerme. D’abord une vallée assez fertile puis le train attaque la montagne avec lenteur ce qui vaut au voyageur de beaux panoramas. L’arrivée à Agrigente est une merveille car cette ville est en hauteur, 230 mètres dit la mairie, face à la méditerranée au sud de la Sicile d’où un panorama exceptionnel. Rien que pour ça on s’y sent bien. Mais en fait, aujourd’hui, je n’ai pas vraiment vu la ville, rien que mon hôtel dont le petit balcon a une vue imprenable sur la méditerranée et dont, mais ça n’a rien à voir, toutes les chambres sont rondes : lit rond, baignoire ronde, douche ronde… J’ai un peu l’impression d’être dans un hôtel de passe sauf qu’il n’y a ni hôtesse ni miroirs au plafond. Passons, c’est le cas de le dire.

En fait, comme le temps était splendide, j’ai voulu profiter du soleil et de la lumière pour visiter la valle delli Dei, la vallée des Dieux, un très vaste complexe archéologique. Ils aiment bien les touristes en Sicile, mais rien n’est vraiment fait pour les attirer : ce lieu est à quatre kilomètres de la ville et, comme à Piazza Armerina, aucun moyen de transport n’est prévu. C’est soit voiture soit… rien. J’y suis donc allé à pied. Un vrai plaisir car tout au long du trajet se découvrent de nouveaux panoramas sur la mer.

Par contre j’ai été un peu déçu par la vallée des dieux car si, les malheureux, ont bien encore deux temples à peu près conservés (ou plutôt restaurés), le reste, un espace immense n’est qu’un champ de ruines et il faut beaucoup d’imagination pour voir sous des amas de pierre certes impressionnants le temple de Jupiter celui de Vulcain ou même les remparts et les portes. Heureusement il y a des « vues d’artistes » qui permettent de comprendre ce qu’a dû être ce lieu de près de deux kilomètres de long qui était couvert de temples au cinquième siècle avant Jésus Christ. Quoi qu’il en soit, la lumière, sans cesse changeante était splendide et les vues, que ce soit en hauteur sur Agrigente, ou en contrebas sur la mer, étaient éblouissantes surtout lorsque, vers 16 heures, le temps a commencé à changer et que des pluies sont tombées sur la mer mêlant des bleus, des verts, des mauves et des oranges en autant de peintures à la Jappé. J’ai adoré. Mais… j’avais beaucoup marché, la pluie s’annonçait et je voulais retrouver ma chambre ronde. Rien. Il y a bien un bus mais après trois quart d’heures d’attente, je me demandais s’il existait vraiment. Je ne dois pas être le seul dans ce cas car, comme je commençais à penser qu’il fallait que je fasse les six kilomètres supplémentaires à pied, un homme s’est approché et s’est adressé à moi. On a bavardé un moment puis il est allé chercher une voiture et m’a proposé de monter : un taxi clandestin. Au point où j’en étais, j’ai accepté. D’ailleurs ce n’était pas cher.

Retour sur les hauteurs : il fait frais. Heureusement j’ai ma veste bretonne. Un peu de repos en chambre, puis restaurant : la réceptionniste de l’hôtel m’a recommandé La Posata di Federico II. J’y suis allé : un restaurant vieillot dont tout le personnel a au moins soixante ans mais dont la cuisine est exceptionnelle. J’y ai mangé le meilleur tartare de thon de ma vie accompagné de huit sauces différentes. Demain je regarderai la ville.