V_Palerme

Vendredi 30 octobre 2015

Palerme est sur la face nord de la Sicile, tourné vers l’Italie, et l’appartement que j’ai loué se trouve également au centre nord de la ville dans un quartier (que j’ai désormais tendance à appeler « mon » quartier) très populaire à moins de deux cent mètres de la Piazza Politeama, où se trouve un grand théâtre, au sud, place qui est un peu le cœur de la ville car elle délimite la frontière entre les quartiers bourgeois modernes à l’ouest et les quartiers anciens très populaires à l’est. Bien sûr ce n’est pas tout à fait aussi caricatural car deux grandes artères ouest-est, la Via Maqueda et la via Roma changent un peu la donne. Mais ça reste vrai dans l’ensemble.

Ce quartier se concentre au Sud entre la piazza Struzzo, qui en est vraiment l’entrée et, au nord, le port. À L’ouest, la via Albanese, à l’ouest, la via Cavour donc un quadrilatère d’environ huit cent mètres sur un kilomètre deux cent. Ce n’est pas encore le vieux Palerme mais quelque chose entre l’ancien et le moderne. Le cœur en est la Piazza Sturzo et la via Principe di Scordia où se concentre l’essentiel des commerces populaires — alimentation, supérettes, quincaillerie, laverie, etc. tout ce qui répond aux besoins quotidiens — et quelques cafés et restaurants. La piazza Sturzo surtout est animée le matin et après quatre heures de l’après midi, par des groupes d’hommes et d’enfants assis ou non sur quelques bancs ou à une terrasse de bistrot. Les immeubles des deux ou trois rues principales ont l’air très convenables. Pourtant il ne faut pas passer dans les nombreuses ruelles qui en sont souvent l’arrière car on découvre alors très vite l’état de délabrement de nombreuses constructions. Le quartier est assez sale, je ne sais pas quand les poubelles sont ramassées mais c’est au mieux une fois par semaine. Quand il fait chaud, ça sent assez fort ; quand il pleut, une grande partie des ordures fond dans la rue et constitue par endroits des amas gluants à éviter si possible. Dans les petites rues se cache toute une vie que le touriste n’aperçoit généralement pas car il n’y pénètre pas : squats, constructions style bidonvilles, dépôts d’ordure sauvages, tags… mais aussi d’étranges salles où je n’ai pas osé entrer qui sont comme des garages ou des ateliers abandonnés où sont disposées des tables et des chaises et où des groupes d’hommes jouent aux cartes ou regardent les autres jouer aux cartes, mais aussi des groupes de femmes assises dehors en train de discuter ou des enfants qui jouent au foot ou font du vélo. Tout ça est très vivant. La pauvreté est visible mais elle n’est ni agressive ni honteuse. Quand il ne pleut pas, fenêtres et balcons débordent de linge multicolore, quand il fait un grand soleil, de longues toiles donnant de l’ombre aux appartement volent au vent. Et là-dessus, il y a les sons : les fenêtres sont rarement fermées et l’on entend au dehors les appels des enfants, les remontrances des mères, quelquefois des musiques ou mes fameux ultras qui de temps en temps se déchaînent  ; le pétards constants des enfants et les cris de leurs jeux ; les automobiles n’hésitent jamais à klaxonner et certaines passent en faisant hurler leur radio. Pourtant, je m’y sens bien. Comme à Lisbonne, je me dis que je pourrais m’installer ici. Il faudrait seulement que je trouve un logement plus grand. Mais, ici, les appartements et la vie quotidienne ne sont vraiment pas chers, je pourrais louer cent mètres carrés pour six cent euros et personne en France, où je n’ai plus aucune activité réelle, ne m’attend vraiment. Après tout, passer sa vieillesse au soleil n’est peut-être pas désagréable.