V_Palerme

Mardi 20 octobre 2015

Si je suis allé à Piazza Armerina ce n’est pas pour la ville elle-même qui ne mérite quand même pas six heures et demi de bus aller et retour. Non. L’office de tourisme de Palerme m’avait « vendu » cette ville pour sa villa romaine, la plus grande du monde avec ses deux mille mètres carrés de mosaïque. Seulement, si l’aimable employée, vraiment très aimable, adorable même, m’avait bien dit que cette villa était à six kilomètres de la ville, elle m’avait aussi précisé qu’il y avait une navette. Or… depuis le premier octobre il n’y a plus de navette. Encore un détail qui me fait penser qu’il faut quand même se méfier de cet office de tourisme. J’étais prêt à y aller à pied si les propriétaires de la Demora del Conde avec qui j’avais plaisir à discuter ne m’avaient proposer de m’y conduire et, mieux encore de venir m’y rechercher. Je leur en serai éternellement reconnaissant. Cette villa romaine est une vraie merveille et m’a vraiment consolé de mes heures de bus.

Je n’avais encore jamais compris, malgré les nombreuses ruines romaines que j’ai pu voir dans le monde de la France à la Syrie en passant par la Tunisie et, bien sûr l’Italie, quelle était l’économie architecturale de ces villas. Il s’agit ici en fait d’un véritable palais extrêmement bien conservé qui permet de comprendre comment pouvaient vivre les riches romains entre les pièces réservées aux différents types de bain, les chambres, les lieux de réception, etc. On a vraiment l’impression d’y être d’autant que le tout est préservé avec intelligence le contemporain n’ayant pour seul rôle que de magnifier le bâtiment d’origine.

Et les mosaïques ! Impossible de les décrire tant il y en a, pratiquement intactes montrant ce que pouvait être la vie des puissants romains depuis les plaisirs agrestes jusqu’à la chasse, la pêche, les compétitions pour homme et pour femmes. Je ne pouvais m’en lasser. J’ai mis plus de deux heures à visiter le tout. L’œil ne se lasse pas qui dans toutes les scènes (et il y a une série de chasses qui fait près de cent mètres de long) découvre des détails plus riches les uns que les autres. Bien sûr, comme tout le monde, j’avais vu des mosaïques romaines ailleurs, dans d’autres musées. Mais ici ce n’est pas un musée, c’est in situ comme disent les spécialistes et, malgré l’extrême abondance, on ne s’en lasse pas. Je me demande si les gens qui vivaient là finissaient par ne plus les voir, un peu comme ce qui peut se passer avec des tapis persans installés chez soi ou si, au contraire, ils découvraient chaque jour de nouveaux détails qui les ravissaient.

Un ensemble d’éléments a cependant particulièrement retenu mon attention : l’abondance des putti, ces nourrissons dodus qui grouillent dans les églises de Palerme et dont je parlerai un de ces jours, soit dans des scènes de la vie quotidienne, soit dans des scènes parodiques comme les courses où leurs attelages sont des oiseaux, soit dans des scènes mythologiques. L’art italien, sicilien, celui de Palerme particulièrement me semble donc avoir été fortement influencé par ces mosaïques d’autant que le grouillement de scène, leur enchevêtrement, la recherche de compositions abstraites compliquées m’a fait penser à la tentation baroque du trop plein. Quelque chose comme une peur du vide.

Il pleuvait aujourd’hui avec un orage terrible ce matin à Piazza Armerina mais, tant j’étais subjugué, je ne m’en suis pas aperçu.