V_Palerme

Lundi 19 octobre 2015

Premier jour hors de Palerme : j’ai décidé d’aller à Piazza Armerina qui, comme son nom ne l’indique pas est une petite ville de vingt mille habitants au centre de la Sicile. Il faut prendre un bus à la Gare Centrale puis, depuis qu’un pont de l’autoroute Palerme-Catane s’est écroulé, trois heures de route. C’est long mais ça ne me déplaît pas de voir ainsi les terres siciliennes et, de plus, les siciliens ont la discussion facile. Mon voisin, un homme d'environ 60 ans, ne s'est pas fait prier pour engager la conversation. Moi qui normalement suis peu bavard, j'adore étrangement discuter ainsi dans une autre langue que la mienne.

Confirmation de l’impression d’arrivée en avion, la Sicile est une montagne tombée dans la mer. Même si l’altitude moyenne est d’environ 400 mètres, l’Etna culmine quand même à 3000. Les routes sont donc très tortueuses avec parfois des vues assez vertigineuses, les bus ne vont guère à plus de 50 km/h et traversent un paysage plutôt désertique avec une infinité d’oliveraies plus ou moins bien entretenues, des vaches montagnardes et des moutons à l’ombre. C’est quand même assez monotone. Le plus surprenant est la situation des villes et villages qui sont tous installés sur des crêtes et dont le bâtiments extérieurs semblent tomber à pic sur les pentes de la montagne. Du coup toutes leurs rues sont en pente assez fortes et le bus, en les traversant, fait du toboggan.

La petite ville de Piazza Armerina, presque au centre de l’île, à environ sept cent mètres d’altitude, n’échappe pas à la règle, on monte et on descend sans cesse, parfois de façon assez brutale, souvent avec des escaliers et je suis assez admiratif de tous les gamins que j’ai vu jouer dans la ville avec leurs VTT. Ils ne vont pas manquer d’entraînement, échapperont peut-être à l’obésité qui règne à Palerme dans les quartiers populaires. J’avais retenu un Bead and Breakfast (quelle merveille qu’Internet tout de même), il y en a énormément dans cette ville où il n’y a pas d’autre moyen de logement. Le mien s’appelle La Demora del Conde : luxueux, une chambre très vaste avec, depuis la terrasse, un panorama sur la ville à couper le souffle, surtout au moment du coucher de soleil, un petit salon, une connexion Wifi très rapide, une salle de bain magnifique et, ce qui est plus rare, un éclairage bien conçu pour la lecture des yeux de 75 ans. Petit déjeuner compris, la chambre est à 70 euros. Imbattable. Dans l’ensemble, du moins après huit jours de pratique, la Sicile n’est pas chère et représente un peu un rêve pour touristes.

La ville, elle, est un peu décevante. Même si elle est propre, beaucoup plus que les quartiers anciens de Palerme, elle fait, dans l’ensemble assez pauvre et déshéritée. Elle a dû être prestigieuse si l’on en juge par les beaux restes des Palazzi actuellement en semi-ruine pour la plupart, avec sa tour du onzième siècle, son château aragonais du quatorzième siècle, son orgueilleuse cathédrale et ses nombreuses églises que je n’ai pas comptées, mais il y en a bien une vingtaine. On sent que plus personne n’a les moyens d’entretenir tout ce luxe. On monte, on descend, on monte, on redescend… On fait le tour de la ville en moins de deux heures. J’ai essayé de visiter quelques lieux, mais presque tout était fermé. Je n’ai donc pu en voir que trois : la cathédrale dont le dôme domine la ville mais qui, à part ça, ne présente aucun intérêt et deux églises tout aussi peu intéressantes. Heureusement, Place Garibaldi, il y a deux cafés où on peut profiter du temps clément en écoutant les gosses jouer dans la rue et en buvant un toujours aussi agréable café lungo. En soirée, l’altitude se fait sentir. Heureusement j’avais pensé à prendre un pull léger.