V_Lisbonne

 

3 avril 2014

Cette ville est un mystère, je m’y sens bien au-delà du raisonnable. Bien sûr, il y a des flots de touristes, comme dans toute ville intéressante. Mais, comme dans toute ville intéressante, ils se cantonnent à deux ou trois lieux : le quartier de Baixa qui descend vers le Tage, le Chiado avec le café où trône la statue si humaine de Fernando Pessoa, une ou deux rues de l’Alfama… Par bonheur, le touriste est une race craintive, plutôt mouton ou bœuf, que bouc ou taureau et tout ce qu’il ne connaît pas l’effraie. Il peut aller au bout du monde pourvu qu’il retrouve des autochtones qui parlent sa langue et des magasins dont il connaît l’enseigne. Pour le reste, il est facile de s’éloigner d’eux. D’autant que Lisbonne est un labyrinthe. Je crois que c’est la première ville où je me perds. On monte, on descend, on remonte, on redescend. Inutile de se fier au « sens de l’orientation » car les rues ne vont jamais où on croit qu’elles veulent aller. Ainsi, aujourd’hui, j’avais décidé de trouver une piscine qui, d’après Google Map, était à 15 minutes à pied de mon appartement. Au bout d’une heure et demie de marche, montant, descendant, montant, descendant, toujours pas de piscine or, ici, la piscine ne semble pas un lieu qui motive car aucun des lisboètes auxquels je posais la question ne connaissait même son existence. Chacun d’eux ne semble connaître vraiment que les grandes artères centrales où les quatre ou cinq rues qui délimitent son quartier. Quant aux plans, inutile de s’y fier, les rues sont si petites, si étroites, avec leurs tramways qui montent à la verticale, elles changent si souvent de nom de façon inattendue qu’il faudrait que la carte soit à l’échelle du territoire. J’ai quand même fini par trouver ma piscine. Grâce aux églises. Ce sont les seuls points de repères que dans les quartiers, certains diraient absurdes, d’autres poétiques, comme l’Alfama, la plupart des gens connaissent. Par chance, ma piscine est juste en face d’une église. Quand j’ai compris cela, j’ai demandé cette église, San Vicente ou, me semble-t-il, Pentãio (je ne sais pas encore pourquoi, mais mon portugais est toujours hésitant même si je crois progresser vite en m’efforçant de ne parler que cette langue) et il ne m’a plus fallu qu’une demie heure pour y arriver. Au retour, ayant compris, j’ai mis un peu plus d’un quart d’heure pour arriver à mon appartement. Mais, loin d’avoir été une corvée, cet égarement m’a mis encore plus sous le charme car je crois n’avoir jamais auparavant rien vu de pareil. Bien sûr il ne faut pas ménager ses jambes entres les escalinhas, les escadas et les costa, une journée de marche dans les vieux quartiers vaut bien une randonnée en haute montagne. Mais aussi, quelq points de vue sur le Tage, que de merveilles impossibles à photographier dans leurs dimensions, leurs profondeurs et leurs changements incessants de nuances. Mais demain sera un autre jour, je retournerai à la piscine et je ne désespère pas de me perdre encore.