V_Lisbonne

3 mai 2014

Trop chaud aujourd’hui, dès le matin et l’après midi nous en sommes à trente degrés à l’ombre. Du coup je ne suis presque pas sorti en profitant dans l’agréable fraîcheur de mon appartement à travailler un peu d’autant que, comme nous sommes samedi, il n’y avait plus de travaux après midi.

J’en ai profité pour faire un peu une auto-analyse de mes sentiments après un bon mois de séjour. Lisbonne n’est pas une ville riche en curiosités touristiques et, au bout de trois ou quatre jours, tout ce qui est « digne d’être vu », peut l’être. Ce n’est ni Paris, ni Rome, ni Londres, ni Madrid, ni Vienne, etc. Sur ce point la ville est assez pauvre et ce n’est pas pour ça qu’il faut y venir ou y séjourner assez longuement. Non. C’est une ville qui a un charme particulier qui tient à une accumulation de petites choses, elle s’offre au visiteur et à la fois lui résiste, il faut accepter d’y perdre du temps, de s’égarer dans le riche labyrinthe de ses petites rues souvent désertes, de passer son temps à monter et descendre, de se retrouver dans un cul de sac obligé à revenir sur ses pas, accepter qu’elle soit un peu sale comme beaucoup de villes du sud, que les pavés qui font ses rues soient totalement irréguliers, que rien n’y soit droit, que la ville s’enroule souvent sur elle-même, accepter de s’asseoir à l’ombre de ses nombreux jardine et de regarder le grand lac intérieur du Tage, se laisser surprendre par ses palais en ruines comme par ses maisons restaurées avec goût, accepter ses azulejos comme des œuvres d’art posées anarchiquement ici et là mais que jamais les innombrables graphs — sans intérêt ou agréables — ne se permettent de dénaturer. Il faut savoir s’arrêter aux innombrables terrasses de café pour essayer d’écouter les nombreuses langues qui s’y parlent, accepter aussi que, soudain, au détour d’une rue, on débouche sur une ville moderne qui ressemble à n’importe quelle autre d ‘Europe. Accumulations de quartiers variés, où que l’on se trouve, elle donne l’impression d’un village et pourtant c’est une vraie grande ville. Aussi ne pas hésiter à prendre ses transports en commun qui fonctionnent admirablement, métros, bus, taxis, tramways modernes, ferry boats mais aussi, bien sûr, les multiples archaïques petits tramways jaunes qui semblent parfois défier les lois de la pesanteur, se transformant en funiculaires pour monter des rues presque à la verticale.

Lisbonne est une ville à hauteur d’homme. Lisbonne est une ville calme, paisible où l’on a l’impression que rien jamais ne presse, où les automobiles ne peuvent pas faire la loi, où les gens conversent facilement, où les habitants sortent encore, dans certaines rues, leurs chaises pour discuter entre voisins, où les enfants jouent dans ces mêmes rues, où le linge qui sèche partout rivalise parfois avec les drapeaux officiels, une ville colorée que le soleil magnifie et enferme sous sa chape d’un bleu violent. Une ville qui ne se monte pas du col, qui s’accepte dans toute sa diversité.

Lisbonne est une ville à marcher et, pour quelqu’un comme moi qui pratique la marche non avec la combativité d’un sport mais avec pondération, presque comme une religion, c’est une ville idéale car elle ne se laisse pas parcourir facilement, il faut la mériter. Elle ne demande que de se laisser faire.